27/03/2011

La Suisse sous perfusion

 

Dans le regard du supporter, il n’y a même pas de dépit. Voir la Suisse quitter Sofia (et mourir?) sur un match nul 0-0 ne surprend plus, tant cette équipe ne déchaîne plus les passions. Conduite par un sélectionneur qui semble n’avoir aucun pouvoir, cette Nati qui faisait descendre les gens dans la rue il y a de cela encore cinq ans ne fait plus rêver. Comment, en effet, vouloir s’amouracher d’un collectif qui, une demi-heure durant, a regardé jouer des Bulgares sans génie?

«C’est vrai, personne n’était là durant les trente premières minutes, avouera après coup Marco Streller, étonnamment lucide. Tout le monde a fait tout faux, techniquement, dans l’impact et dans l’organisation.» Et, si les Helvètes ont montré une sursaut d’orgueil à partir de la 60e minute, cela s’est avéré insuffisant pour terrasser une Bulgarie timide, mais teigneuse. A entendre Ottmar Hitzfeld, il «n’a rien à reprocher à ses joueurs...»

Bon sang, mais comment refuser l’autocritique? La Suisse a été nulle, comme le score. Le nombre de ses occasions concrètes s’élève à deux, voire trois. Quand Alexander Frei a eu l’ouverture du score au bout de l’occiput, il a vu l’excellent Mykhailov réaliser une jolie parade. Quand Blerim Dzemaili a essayé d’envoyer un missile dans les filets adverses, il a vu un défenseur détourner le ballon en corner. Les autres escarmouches ont été trop vaines pour être citées. Et que dire encore des coups de pied arrêtés, tous mal tirés? Que dire aussi de ce manque de révolte sur la pelouse, de ce manque d’envie?

Alors oui, la Nati peut déjà commander le canapé et les chips pour regarder l’Euro 2012 depuis chez elle. Avec six points de retard sur l’Angleterre et le Monténégro, il ne faudrait pas un exploit, mais des exploits voire un cataclysme pour qu’elle accède à cette deuxième place synonyme de barrage. Après s’être ratée à Podgorica, la bande de Hitzfeld s’est fourvoyée à Sofia. «Il reste un petit espoir de qualification et cela passe par un succès à Wembley», martèle sélectionneur, lui aussi adepte de cette désespérante Méthode Coué.

Reste que, pour gagner en Angleterre le 7 juin prochain, sa troupe devra faire tout autre chose sur le terrain. Et lui devra surtout revoir son coaching. L’entrée de Gelson Fernandes n’a rien amené. Celle d’Eren Derdiyok non plus. Et pourquoi laisser Hakan Yakin sur le banc dans un match pareil? Oh, bien sûr, les détracteurs du Lucernois diront qu’il n’a plus ses jambes de vingt ans. Or, il possède toujours cette virtuosité technique capable d’amener le seul éclair de génie essentiel dans un match aussi terne. Remember Athènes 2008, lorsque c’est lui-même qui lança en profondeur Blaise Nkufo pour ce succès capital dans la course au Mondial 2010.

Les temps ont changé et le successeur de Köbi Kuhn a à présent décidé de fermer les yeux sur le potentiel de «Haki». Dommage. Et c’est là qu’on ne peut que se rappeler du fameux diton: «Qui ne tente n’a rien». A force de s’entêter avec Gökhan Inler, à force de s’entêter avec Marco Streller, Hitzfeld court à la propre perte de son équipe. Pas à la sienne, évidemment, puisque son contrat vient d’être (grassement) prolongé jusqu’en 2014.

Les mines étaient certainement déconfites dans l’avion ramenant les Suisses vers Zurich. Au-dessus de leur repaire de Feusisberg, là même où les gamins venaient en troupeaux pour recueillir les autographes il y a encore quelques mois, flottent les nuages synonymes de fin d’époque. C’est regrettable pour les éléments ayant mouillé le maillot samedi soir - Dzemaili et Grichting notamment, voire Lichtsteiner et von Bergen sur certaines séquences. Ca l’est moins, en revanche, pour les joueurs qui ont marché sur le terrain. La Suisse du football est sous perfusion. Reste à savoir si, en confiant son destin entre les mains d’un certain «Gottmar», elle a exercé le bon choix...

 

 

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