15/11/2012

Bye-bye, Alexander Frei!

frei.jpg

 

On a pu lui reprocher ses caprices, ses attitudes de diva et, parfois même, ses ratés devant le but. Mais force est de reconnaître que, avec la retraite d’Alexander Frei, se tourne une page dorée de l’histoire du football suisse. A bientôt 34 ans, le renard des surfaces s’apprête à dire stop, car ses priorités – avec la naissance de sa fille notamment – ont changé et que son sens du but n’est plus si aiguisé qu’il y a encore quelques mois.

Voilà donc un grand joueur au passeport rouge à croix blanche qui va raccrocher. Un de plus. Frei, c’est davantage que le bonhomme qui, la saison passée, avait explosé tous les filets du pays et même brillé en Ligue des champions. Frei, c’est quinze ans de carrière, quinze belles années qui ont épousé la même trajectoire que celle empruntée par l’équipe nationale.

Durant la période 2001-2010, le maillot suisse et le menton en galoche du Bâlois étaient indissociables. Ensemble, ils ont traversé toutes les épreuves, de la naissance d’une sélection estampillée Köbi Kuhn à l’effondrement d’un groupe noyé dans l’enfer de Podgorica. En passant, évidemment, par deux Euros et autant de Coupes du monde, dont des matches références sur les pelouses allemandes.

Alexander Frei, c’est à la fois l’homme au sang-froid incroyable qui tira ce penalty mythique dans l’enfer d’Istanbul en octobre 2005 - il y a déjà sept ans! – et celui qui, en match d’ouverture du Championnat d’Europe 2008, vit ses ligaments le lâcher sur un brusque changement d’appui. Alexander Frei, c’est l’homme qui arracha les cris de joie du peuple suisse en marquant contre la Corée du Sud en juin 2006, propulsant ainsi les siens en huitièmes de finale du Mondial. Mais c’est aussi celui qui fit pleurer les foyers en quittant la pelouse de Saint-Jacques le genou en vrac au début d’un Euro 2008 qui aurait pu être celui de toutes les satisfactions.

La star qu’il a été – et qu’il est toujours – se reflète dans ce savant mélange d’adoration et de détestation, d’ivresse et de tristesse. Parfois humble, parfois insupportable, mais toujours dans les cœurs. Et au centre des discussions, forcément.

Comme lorsqu’il irrita son monde en jouant de son aura en sélection pour garder une place de titulaire alors que son rendement était devenu proche du zéro pointé dans la deuxième partir de l’ère Hitzfeld. Ou lorsqu’il fit des pieds et des mains pour faire le voyage en Afrique du Sud alors que sa blessure l’empêchait d’être au même niveau que ses partenaires. Voilà quelques-unes des taches qui souillent la carte de visite de l’ancien Servettien. Idem pour son fameux crachat dans la nuque de Steven Gerrard en juin 2004.

Mais «Alex», l’ami de la nation, c’est aussi et surtout des buts en série avec l’équipe nationale, une carrière fabuleuse entre Bâle, Thoune, Lucerne, Servette, Rennes et Dortmund. Avec notamment le titre honorifique de meilleur joueur de Bundesliga et de meilleur buteur de Ligue 1. Devant un certain Pauleta, excusez du peu! Frei, c’est le buteur caractériel qui avait ridiculisé Fabien Barthez alors portier de Marseille en championnat de France. Voilà tout ce que l’on retiendra de lui.

A travers ses réussites à la pelle, ses coups de gueule et ses bouderies, le «Serial Buteur» était devenu bien plus qu’une tronche de lard; un joueur reconnu et respecté. Qui, lucide, a admis cet après-midi avoir fait plus que ce que son talent aurait pu le laisser espérer. C’est vrai, cent pour cent vrai. Mais, s’il a pu aller au-delà de son potentiel, c’est sans aucun doute parce que, derrière le menton en galoche, se cachait une sacrée caboche.

Allez, tu es bientôt libre, Alex. Bonne route!

 

Les commentaires sont fermés.