29/05/2013

Servette: touché, coulé

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Servette est donc relégué sportivement pour la première fois de son histoire. C'est à 22 h 22 ce mercredi soir que la chute des Grenat à l'étage inférieur est devenue officielle. Ce qui semblait inéluctable depuis des mois a fini par se réaliser sans que personne n'y trouve à redire. La logique est ainsi respectée.

Ce SFC-là n'a jamais eu l'audace ou le talent pour sauver sa peau. Il n'a eu ni les arguments, ni le culot ni le courage de forcer le destin. Ses capacités étaient, il est vrai, tellement limitées!

Une équipe incapable de signer deux victoires de rang sur l'entier d'une saison ne peut décemment pas espérer sauver sa peau dans l'élite. Il ne fallait donc pas imaginer qu'elle puisse coup sur coup s'offrir le scalp de Lausanne puis de Lucerne.

Ce soir, les Genevois ont tout de même réussi à faire tout faux à la Pontaise. Ils ont été franchement minables en première période. C'est un naufrage collectif qui s'est produit dans le canton de Vaud. Certes, on pourra toujours dire que si Tréand avait trouvé le chemin des filets au lieu de la transversale après moins de 40 secondes de jeu, l'issue du derby lémanique aurait pu être différente, mais on peine tout de même à y croire. Simplement car le LS a été plus réaliste, plus lucide et plus solide que son adversaire.

Mais où était ce fameux amour du maillot qui, parfois, transcende les plus faibles? La question est très vite remontée à la surface en observant un "collectif" genevois incapable de répondre au défi du LS et très vite, trop vite, mené au score. Ce diable de Jocelyn Roux, toujours lui, est venu moucher le club qui n'avait pas voulu de lui lorsqu'il était adolescent.

Et voilà comment le mythique maillot grenat, vieux de 123 ans, plonge sportivement pour la première fois de son histoire en deuxième division. Ce n'est que du sport oui, mais c'est un drame, un vrai, pour le football genevois. On plaint premièrement Sébastien Fournier qui, même s'il n'a peut-être pas tout osé à certains moments, n'est pas gâté par le sort. Quel discours pouvait-il tenir à la pause thé à une équipe en dessous de tout?

On plaint aussi certains éléments - Barroca, Kouassi, Pasche, Pizzinat, Pont, Vitkieviez - qui, grâce à leur attitude et à leur débauche d'énergie, ne méritaient pas de connaître pareille déconvenue.

Au-delà de tout cela, cette relégation sanctionne les gros manquements du Servette FC. D'une préparation estivale tronquée à cette prestation indigne à la Pontaise, il y a eu trop d'erreurs à tous les niveaux pour que les Grenat puissent espérer se raccrocher à une bouée de sauvetage. Que dire du directeur sportif Piero Bobbio? Que dire des recrutements de l'été 2012 et de l'hiver 2013? Que dire de tout ce laxisme?

Il y a une remise en question, profonde, à effectuer du côté du Stade de Genève. Le canton mérite mieux qu'une formation de Challenge League. Servette, de par son histoire et le mythe qu'il est devenu, n'a pas le droit de végéter dans les catégories inférieures. Il faut reconstruire, et vite! 

La saison prochaine, hormis peut-être Bellinzone (encore  que tout dépend de ses finances), aucun autre club que le SFC n'aura véritablement la Super League en ligne de mire. Fournier et ses hommes (mais, à part Barroca, qui seront-ils?) doivent remonter immédiatement. Pour ce que ce funeste 29 mai 2013 ne reste pas aussi longuement dans les mémoires que le 2 juin 1999, jour d'un dernier titre national qui semble un très, très lointain souvenir.

Servette n'est pas mort, il remontera un jour. C'est Lionel Pizzinat, homme au grand coeur, qui le dit. Espérons que l'ancien capitaine ait raison. 

A Genève, il y avait ce soir des visages tristes. A Lausanne, les mines étaient en revanche rayonnantes. On pourrait croire que, dans le tableau, le plus cauchemardesque est de voir le LS, ce club sans âme, sans public et sans stade, rester en Super League. Mais le LS, magnifique ce soir, avait un coeur "gros comme ça". C'est aussi cela qui fait parfois toute la différence.

02/05/2013

L'incroyable déclin du Barça. Euh, vraiment?

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La «Demontada» d’hier soir a donc relancé sur le tapis la question du déclin du FC Barcelone. Les mots sont forts, parfois. Les analyses tronquées, aussi. Alors bien sûr, les Catalans ont pris deux raclées aussi monumentales qu’inattendues en l’espace d’une semaine, mais doit-on en faire tout un drame au point de ranger au placard tout ce que ce club a produit ces cinq, six dernières années? Non, non, non et non. Et pour cause, Messi et Cie vont encore être sacrés champions d’Espagne d’ici une poignée de jours.

Au-delà de ça, c’est un fait avéré, Barcelone ne sera effectivement pas champion d’Europe. Et c’est tant mieux! Toute domination, aussi grande a-t-elle été, ne doit-elle pas prendre un jour fin? Au Camp Nou, on est justement arrivé à la croisée des chemins, là où la valse des générations ne provoque sinon pas une remise en question une éventuelle redistribution des cartes et des forces en présence.

Car, même s’il restera pour toujours un immense club, le FCB a bel et bien emprunté des fausses pistes ces derniers mois. Plutôt que de déclin, il est davantage venu le temps d’évoquer une certaine érosion, propre à un groupe qui est humain avant tout.

Et c’est justement là que les commentaires déchaînés – voire acerbes – lu et entendus çà et là ont fait fausse route: la montée en puissance catalane ne s’est pas arrêtée au fil de la semaine écoulée, mais il y a plus d’un an déjà. Petit à petit s’est dessinée cette fameuse érosion.

Les premières erreurs de trajectoire du Barça de la dernière demi-décennie datent de l’automne 2011 pour être précis. Elles trouvent leur point de départ dans les signes de lassitude affichés par Josep Guardiola. Dès le moment où l’architecte de ce groupe ahurissant a fait part de ses envies d’ailleurs, un ressort s’est brisé. La Ligue des champions et, surtout, la Liga avaient fini par filer sous le nez de Barcelone. Son palmarès 2011/2012 était bien moins reluisant que celui de l’exercice en cours. Et puis à l’annonce de son départ quelques mois plus tard, le club a qui plus est manqué un virage important.

Croyant pouvoir reposer ad aeternam sur son réservoir de la Masia, loué il est vrai aux quatre coins du monde, le club a refusé de recruter quelques noms ronflants durant l’été. Pis, incapable de couper le cordon de «Pep», il l’a remplacé par son adjoint Tito Vilanova. Comme pour s’inscrire dans une continuité qu’il ne pouvait décemment pas… prolonger. La santé précaire de l’ancien No 2 l’a certainement empêché de mener à bien son véritable projet, mais force est aussi de reconnaître que, à l’image de Xavi, les leaders prennent de l’âge.

Amputé de son «cerveau», moins tranchant qu’il y a encore un an, le futur champion d’Espagne n’a plus le même impact. Son bras droit Iniesta a prouvé bien malgré lui qu’il n’était pas le même joueur sans «son» Xavi à ses côtés. Et puis, surtout – et n’en déplaise à certains -, la véritable «Messi-dépendance» de cette équipe a définitivement éclaté au grand jour au cours de cette demi-finale contre l’immense Bayern Munich. Sans l’Argentin, on avait déjà eu un aperçu des difficultés catalanes en quart de finale contre le PSG. Celles-ci n’ont fait que se prolonger depuis…

Mais le Barça, malgré cela, récupérera d’ici quelques semaines son trône au sommet de la Liga. Voilà qui ne suffit toutefois pas à ses fans, qui ont appris à être gourmand avec le temps. Pour leur ramener une «Coupe aux grandes oreilles», pour que la question du déclin soit enlevée du tapis, il faudra que les dirigeants retiennent la leçon bavaroise. Car, s’il vaut bien entendu mieux prendre une fois 7-0 que sept fois 1-0, une telle claque ne servirait à rien s’il n’y avait pas une prise de conscience derrière.

A Barcelone, l’heure est évidemment à la reconstruction. Le chantier est ouvert à plusieurs postes. Le remue-méninges sera intense ces prochains jours au Camp Nou. Mais cet exercice cérébral est celui d’un champion national, demi-finaliste de la C1. Non pas celui d’un moins que rien ne valant plus un clou sur la scène européenne.