08/07/2013

Bartoli-Murray: champions de la ténacité

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Les bien-penseurs en sont encore tout retournés. Marion Bartoli et Andy Murray qui gagnent Wimbledon, ce n’est pas tout à fait ce que les «spécialistes» avaient inscrit à leur programme. Il faut dire que les deux nouveaux héros ne charrient pas les standards des lauréats de leur époque. La première a un physique mal dégrossi - loin de la beauté froide de Maria Sharapova - et un jeu peu élégant, qui ne rappelle en rien une certaine Martina Hingis. Le second, lui, a un tennis tout en remise, un poil plus calculateur que celui de Djokovic ou Federer. Pas de quoi faire rêver, dites-vous? Et pourtant, ce sont bien la Française et l’Ecossais qui, en ce début de semaine, font la «Une».

Qu’y a-t-il de mal à cela, dans le fond? Bartoli et Murray véhiculent une autre image du sport, plutôt rafraîchissante, car elle n’est pas celle de la puissance à outrance, de la démonstration mécanique. Ils ne sont pas des rouleaux-compresseurs. Eux promènent d’autres valeurs, dont, il faut bien le dire, une remarquable ténacité et une formidable force de caractère. Deux qualités qui, même pour ceux qui ne les aiment pas, doivent être saluées.

Depuis le début de leur carrière respective, les vainqueurs de Wimbledon n’ont jamais dévié de leur route. Contre vents et marées, ils ont poursuivi leur itinéraire en ayant foi en leurs capacités, en leurs idées et en leur jeu. Marion et Andy ont patiemment attendu leur heure, avec la certitude que, le jour où ils auraient suffisamment de bouteille, la décision se ferait d’elle-même. C’est chose faite depuis le week-end dernier, qui leur a permis d’aller à contrecourant des pronostics.

Le gazon n’est donc plus maudit pour Andy Murray, qui a réussi là où d’autres avant lui avaient craqué. La pression de tout un peuple, clairement ressentie à 6-4, 7-5, 5-4, 40-0, aurait pu l’emporter dans les méandres du doute. Mais c’était oublier que l’Ecossais est devenu un autre homme depuis l’entame de sa collaboration avec Ivan Lendl. C’était oublier que, même s’il avait perdu en finale de Wimbledon douze mois auparavant, il avait, depuis lors, avalé le titre olympique et l’US Open. Andy Murray, Sir Andy Murray (c’est pour tout bientôt), a mis un terme à 77 années d’attente. Fred Perry n’a désormais son nom que sur des polos chics. Plus vraiment dans les livres d’histoire.

De trois ans son aînée, Marion Bartoli a donc elle aussi gravé sa patte dans la légende. C’est en répétant les mêmes schémas, 22 ans durant avec papa Walter, que la Corse du Puy-en-Velay s’est forgée les qualités et un caractère taillé pour, un jour, gagner quelque chose de grand. Même si son 6 juillet de bonheur n’a pas de suite au niveau des Grands Chelems, elle a concrétisé son rêve d’enfant. Sans papa Walter comme entraîneur, mais toujours avec lui à ses côtés, dans la loge familiale. Après sa balle de match, elle a couru l’embrasser.

Le lendemain, Murray a fait pareil – même s’il a failli l’oublier! – avec sa maman Judy. Les deux lauréats savent qu’ils doivent deux choses essentielles à leur géniteur: leur persévérance et leur ténacité. Deux forces qui, dans leur titre londonien, ont joué un rôle plus important que tout le reste. C’est aussi ça qui fait et qui forge les champions.