26/06/2014

La Suisse en liesse. Oui, mais...

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La Suisse entière s’est, hier soir, endormie euphorique. La qualification de l’équipe nationale pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde a procuré un sentiment d’allégresse aux huit millions d’Helvètes qui étaient restés suspendus aux pieds du génial lutin Xherdan Shaqiri. Pendant que les drapeaux étaient de sortie, les klaxons n’ont pas manqué de se faire entendre. Ou quand le retour de la fierté nationale vire en communion. Avec un peu de recul, si être heureux de voir les hommes du si peu enthousiasmant Ottmar Hitzfeld poursuivre leur périple brésilien s’accompagne légitimement d’une certaine satisfaction, cette liesse soudaine reste pourtant à relativiser. C’est vrai après tout, comment finir ivre de joie alors que la «Nati» n’a fait que son devoir en s’extirpant du groupe le plus faible du Mondial et après s’être qui plus est faite humilier par ses voisins français cinq jours auparavant?

A dire vrai, il y a d’autres raisons encore de tempérer les ardeurs. Hier soir, la performance d’ensemble n’a de loin pas atteint des sommets. Que dire des deux fautes grossières commises dans sa propre surface de réparation par Johan Djourou sans que l’arbitre ne bronche? Que dire de la prestation insipide de Granit Xhaka, auquel Hitzfeld continue de vouer une confiance aveugle sinon bornée? Non, vraiment, cette Suisse-là n’a jusqu’ici rien fait pour séduire. Ou alors si peu grâce à la fougue de Behrami contre l’Equateur et au trio Drmic-Mehmedi-Shaqiri face au Honduras, cette sélection de niveau 1re Ligue classic…

Alors qu’il y a huit ans ses aînés avaient brillamment décroché leur billet pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde allemande en tenant les «Bleus» en échec, puis en battant le Togo et la Corée du Sud sans prendre de but, la Suisse d’aujourd’hui est bien moins convaincante, bien moins séduisante. Bref, elle fait moins rêver. Et pourtant, elle pourrait bien écrire l’une des plus belles pages de l’histoire de notre football mardi soir prochain face à des Argentins contre lesquels elle n’a justement plus rien à perdre. C’est là tout le paradoxe de ce sport et des contes que l’on peut raconter aux enfants. On ne se souvient pas toujours de la manière, mais seulement du résultat.

La preuve, qui au Brésil ou en France, pour ne citer que ceux-là, se souvient que les générations 1994 et 1998 devenues championnes du monde étaient davantage besogneuses que spectaculaires? Personne. Ne reste par conséquent plus qu’à souhaiter que Shaqiri – ou un autre qui se réveillerait – puisse fixer à jamais dans les mémoires le sentiment que cette Suisse qui fait partie des 16 meilleures nations de la planète avait vraiment tout pour marquer sa génération. Et là, on comprendrait que drapeaux et klaxons soient de sortie nocturne…

 

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