07/09/2013

Quelque chose cloche, Herr Hitzfeld?

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Est-ce un léger manque de recul ou la contrainte de devoir boucler au plus vite les papiers et/ou retransmissions télévisées? Toujours est-il qu’il ne me semble pas avoir entendu, lu ou vu la moindre critique quant au coaching d’Ottmar Hitzfeld, hier soir lors du match Suisse-Islande. Et pourtant, lorsque ton équipe mène 4-1, chez elle, contre une formation qui n’a rien d’une grande et que tu te fais remonter, cela ne peut pas être que de la faute des joueurs.

Quand arrêterons-nous d’ériger l’Allemand sur un piédestal qu’il ne mérite pas? A force de se masturber toute la semaine sur les qualités d’un groupe tel que la Suisse n’en a(urait) jamais connu, sur la force mentale d’un collectif hallucinant (c’est ce qu’on a notamment pu entendre et lire…) ou sur la prétendue meilleure défense du monde – comment ose-t-on écrire ça????? -, le sélectionneur en a peut-être oublié l’essentiel, à savoir que son travail (grassement payé) ne consiste pas qu’à aligner des noms sur une feuille blanche. Il faut aussi savoir être actif et réactif sur la touche. Ce qu’il n’a, une fois de plus, pas été hier soir.

«Nous sommes toujours en tête de notre groupe». En soulignant cet état de fait, Hitzfeld a fini par verser dans l’autosatisfaction. Il n’a, dans le fond, peut-être pas tout tort, mais il cherche surtout à évacuer des critiques qu’il n’apprécie guère. Il veut masquer des erreurs qu’il ne sait pas assumer. Remarquons surtout qu’il n’y a pour le moment aucune fierté à retirer de voir la Suisse installée à la première place de cette poule. Et pour cause, il s’agit tout simplement de la plus faible de toute la zone Europe!

Bien que déjà servi par le tirage au sort en 2008, l’ex-coach du Bayern Munich n’avait alors dû son salut qu’à la faiblesse de son groupe. Il avait même pu se permettre une incroyable déroute contre le Luxembourg sans pour autant hypothéquer ses chances de se rendre en Afrique du Sud. Là, la Suisse a déjà égaré deux points à Chypre et quatre unités à domicile (Norvège et Islande). Ses droits à l’erreur sont plus qu’épuisés. Il faut aller gagner mardi à Oslo. Car, si se qualifier pour le Brésil avec de tels adversaires n’aurait strictement rien d’une sensation, manquer le Mondial 2014 serait en revanche un véritable exploit.

28/08/2013

Le (mauvais) feuilleton Thauvin

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Impossible d’être passé à côté de l’épisode estival du foot français, qui se résume en quatorze lettres, ou presque: Florian Thauvin. Personnage central d’une histoire qui est plus pathétique que drôle, le milieu offensif de tout juste 20 ans est en train, en entrant en guerre contre les dirigeants de Lille, de se tirer une balle dans le pied, de peindre en noir une carrière qui, sur le rectangle vert, est pourtant des plus prometteuses. «Quand ta vie sportive commence ainsi, par un bras de fer avec ton club, c’est que quelque chose ne va pas», souligne à juste titre Christophe Dugarry.

Un petit rappel du parcours de Thauvin est peut-être nécessaire avant de se concentrer sur l’actualité de l’intéressé. Formé à Grenoble, puis transféré à Bastia en 2010, le natif d’Orléans a vécu une montée en Ligue 1 avec les Bleu et Blanc puis a explosé aux yeux du grand public lors des six premiers mois de la saison dernière. En janvier, il signait un contrat de quatre ans avec Lille, affirmant au passage que c’était «un grand club et le meilleur choix possible pour moi».

Dans le but qu’il s’aguerrisse encore, le LOSC le prêta aux Corses jusqu’au terme de l’exercice. Il y fit de nouveaux ravages, inscrivant trois doublés de rang et remportant, au terme de la saison, le prix UNFP du plus grand espoir du championnat devant - excusez du peu - l’international italien Marco Verratti. En juillet, Thauvin devint carrément champion du monde des M20 ans avec les «Bleuets».

Tout cela lui est-il monté à la tête? Poser la question est y répondre. Car, depuis le début de l’été, le gamin refuse d’honorer le bail qu’il a signé avec les «Dogues» cinq mois auparavant. Les appels du pied de l’Olympique Marseille – et peut-être aussi l’influence de son entourage - l’ont détourné de Lille. Jamais apparu sous le tricot nordiste, il s’est permis, dès son retour de la Coupe du monde, de faire la grève des entraînements. Tel un enfant têtu, Thauvin s’est de lui-même mis au coin. «Non, je ne jouerai pas pour vous», a-t-il lancé aux visages des pontes lillois. Et na!

Depuis plusieurs jours, il s’est de lui-même mis à (re)faire la cour aux Phocéens, prétextant rêver de disputer la Ligue des champions, affirmant qu’il s’agissait de son club de cœur. On le dit mal conseillé, mal entouré, mais peut-être est-il tout simplement le dernier des ingrats. S’il a hérité de son père, on penche pour la dernière solution, à la lecture des déclarations de Charles Thauvin dans 20Minutes France: «Lille n’a aucun respect pour mon fils», a osé prétendre ce dernier, alors que le rejeton était tout de suite allé demander une revalorisation de son salaire avant même de s’être entraîné une seule fois avec les champions de France 2011!

Egoïste, ingrat, peut-être stupide aussi, le champion du monde espoirs se couvre de ridicule, reçoit les pires critiques sur Internet et dans le milieu lui-même. «S’il veut mettre sa carrière en l’air, c’est bien parti», s'est insurgé Frédéric Paquet, directeur général du LOSC. Thauvin, lui, a été sanctionné par ceux qui sont encore ses dirigeants. Il touche toutefois davantage que le SMIC. Et devrait finir par rejoindre la Canebière malgré tout!

Reste que, dans une France en crise, son attitude choque. Dans un football français sur la mauvaise pente au niveau du comportement, son attitude tombe très mal. On préfère même ne pas se demander ce que le petit Florian aurait fait il y a trois ans dans le bus de Knysna. Une chose est sûre: alors que les footeux se plaignent d’être souvent pris pour des «bas de casquette», Thauvin, qui semble s’être aussi décrédibilisé dans toute l’Europe, n’aide pas vraiment leur cause. Signer à l’OM vaut-il vraiment un tel caprice?

 

08/07/2013

Bartoli-Murray: champions de la ténacité

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Les bien-penseurs en sont encore tout retournés. Marion Bartoli et Andy Murray qui gagnent Wimbledon, ce n’est pas tout à fait ce que les «spécialistes» avaient inscrit à leur programme. Il faut dire que les deux nouveaux héros ne charrient pas les standards des lauréats de leur époque. La première a un physique mal dégrossi - loin de la beauté froide de Maria Sharapova - et un jeu peu élégant, qui ne rappelle en rien une certaine Martina Hingis. Le second, lui, a un tennis tout en remise, un poil plus calculateur que celui de Djokovic ou Federer. Pas de quoi faire rêver, dites-vous? Et pourtant, ce sont bien la Française et l’Ecossais qui, en ce début de semaine, font la «Une».

Qu’y a-t-il de mal à cela, dans le fond? Bartoli et Murray véhiculent une autre image du sport, plutôt rafraîchissante, car elle n’est pas celle de la puissance à outrance, de la démonstration mécanique. Ils ne sont pas des rouleaux-compresseurs. Eux promènent d’autres valeurs, dont, il faut bien le dire, une remarquable ténacité et une formidable force de caractère. Deux qualités qui, même pour ceux qui ne les aiment pas, doivent être saluées.

Depuis le début de leur carrière respective, les vainqueurs de Wimbledon n’ont jamais dévié de leur route. Contre vents et marées, ils ont poursuivi leur itinéraire en ayant foi en leurs capacités, en leurs idées et en leur jeu. Marion et Andy ont patiemment attendu leur heure, avec la certitude que, le jour où ils auraient suffisamment de bouteille, la décision se ferait d’elle-même. C’est chose faite depuis le week-end dernier, qui leur a permis d’aller à contrecourant des pronostics.

Le gazon n’est donc plus maudit pour Andy Murray, qui a réussi là où d’autres avant lui avaient craqué. La pression de tout un peuple, clairement ressentie à 6-4, 7-5, 5-4, 40-0, aurait pu l’emporter dans les méandres du doute. Mais c’était oublier que l’Ecossais est devenu un autre homme depuis l’entame de sa collaboration avec Ivan Lendl. C’était oublier que, même s’il avait perdu en finale de Wimbledon douze mois auparavant, il avait, depuis lors, avalé le titre olympique et l’US Open. Andy Murray, Sir Andy Murray (c’est pour tout bientôt), a mis un terme à 77 années d’attente. Fred Perry n’a désormais son nom que sur des polos chics. Plus vraiment dans les livres d’histoire.

De trois ans son aînée, Marion Bartoli a donc elle aussi gravé sa patte dans la légende. C’est en répétant les mêmes schémas, 22 ans durant avec papa Walter, que la Corse du Puy-en-Velay s’est forgée les qualités et un caractère taillé pour, un jour, gagner quelque chose de grand. Même si son 6 juillet de bonheur n’a pas de suite au niveau des Grands Chelems, elle a concrétisé son rêve d’enfant. Sans papa Walter comme entraîneur, mais toujours avec lui à ses côtés, dans la loge familiale. Après sa balle de match, elle a couru l’embrasser.

Le lendemain, Murray a fait pareil – même s’il a failli l’oublier! – avec sa maman Judy. Les deux lauréats savent qu’ils doivent deux choses essentielles à leur géniteur: leur persévérance et leur ténacité. Deux forces qui, dans leur titre londonien, ont joué un rôle plus important que tout le reste. C’est aussi ça qui fait et qui forge les champions.

29/05/2013

Servette: touché, coulé

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Servette est donc relégué sportivement pour la première fois de son histoire. C'est à 22 h 22 ce mercredi soir que la chute des Grenat à l'étage inférieur est devenue officielle. Ce qui semblait inéluctable depuis des mois a fini par se réaliser sans que personne n'y trouve à redire. La logique est ainsi respectée.

Ce SFC-là n'a jamais eu l'audace ou le talent pour sauver sa peau. Il n'a eu ni les arguments, ni le culot ni le courage de forcer le destin. Ses capacités étaient, il est vrai, tellement limitées!

Une équipe incapable de signer deux victoires de rang sur l'entier d'une saison ne peut décemment pas espérer sauver sa peau dans l'élite. Il ne fallait donc pas imaginer qu'elle puisse coup sur coup s'offrir le scalp de Lausanne puis de Lucerne.

Ce soir, les Genevois ont tout de même réussi à faire tout faux à la Pontaise. Ils ont été franchement minables en première période. C'est un naufrage collectif qui s'est produit dans le canton de Vaud. Certes, on pourra toujours dire que si Tréand avait trouvé le chemin des filets au lieu de la transversale après moins de 40 secondes de jeu, l'issue du derby lémanique aurait pu être différente, mais on peine tout de même à y croire. Simplement car le LS a été plus réaliste, plus lucide et plus solide que son adversaire.

Mais où était ce fameux amour du maillot qui, parfois, transcende les plus faibles? La question est très vite remontée à la surface en observant un "collectif" genevois incapable de répondre au défi du LS et très vite, trop vite, mené au score. Ce diable de Jocelyn Roux, toujours lui, est venu moucher le club qui n'avait pas voulu de lui lorsqu'il était adolescent.

Et voilà comment le mythique maillot grenat, vieux de 123 ans, plonge sportivement pour la première fois de son histoire en deuxième division. Ce n'est que du sport oui, mais c'est un drame, un vrai, pour le football genevois. On plaint premièrement Sébastien Fournier qui, même s'il n'a peut-être pas tout osé à certains moments, n'est pas gâté par le sort. Quel discours pouvait-il tenir à la pause thé à une équipe en dessous de tout?

On plaint aussi certains éléments - Barroca, Kouassi, Pasche, Pizzinat, Pont, Vitkieviez - qui, grâce à leur attitude et à leur débauche d'énergie, ne méritaient pas de connaître pareille déconvenue.

Au-delà de tout cela, cette relégation sanctionne les gros manquements du Servette FC. D'une préparation estivale tronquée à cette prestation indigne à la Pontaise, il y a eu trop d'erreurs à tous les niveaux pour que les Grenat puissent espérer se raccrocher à une bouée de sauvetage. Que dire du directeur sportif Piero Bobbio? Que dire des recrutements de l'été 2012 et de l'hiver 2013? Que dire de tout ce laxisme?

Il y a une remise en question, profonde, à effectuer du côté du Stade de Genève. Le canton mérite mieux qu'une formation de Challenge League. Servette, de par son histoire et le mythe qu'il est devenu, n'a pas le droit de végéter dans les catégories inférieures. Il faut reconstruire, et vite! 

La saison prochaine, hormis peut-être Bellinzone (encore  que tout dépend de ses finances), aucun autre club que le SFC n'aura véritablement la Super League en ligne de mire. Fournier et ses hommes (mais, à part Barroca, qui seront-ils?) doivent remonter immédiatement. Pour ce que ce funeste 29 mai 2013 ne reste pas aussi longuement dans les mémoires que le 2 juin 1999, jour d'un dernier titre national qui semble un très, très lointain souvenir.

Servette n'est pas mort, il remontera un jour. C'est Lionel Pizzinat, homme au grand coeur, qui le dit. Espérons que l'ancien capitaine ait raison. 

A Genève, il y avait ce soir des visages tristes. A Lausanne, les mines étaient en revanche rayonnantes. On pourrait croire que, dans le tableau, le plus cauchemardesque est de voir le LS, ce club sans âme, sans public et sans stade, rester en Super League. Mais le LS, magnifique ce soir, avait un coeur "gros comme ça". C'est aussi cela qui fait parfois toute la différence.

02/05/2013

L'incroyable déclin du Barça. Euh, vraiment?

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La «Demontada» d’hier soir a donc relancé sur le tapis la question du déclin du FC Barcelone. Les mots sont forts, parfois. Les analyses tronquées, aussi. Alors bien sûr, les Catalans ont pris deux raclées aussi monumentales qu’inattendues en l’espace d’une semaine, mais doit-on en faire tout un drame au point de ranger au placard tout ce que ce club a produit ces cinq, six dernières années? Non, non, non et non. Et pour cause, Messi et Cie vont encore être sacrés champions d’Espagne d’ici une poignée de jours.

Au-delà de ça, c’est un fait avéré, Barcelone ne sera effectivement pas champion d’Europe. Et c’est tant mieux! Toute domination, aussi grande a-t-elle été, ne doit-elle pas prendre un jour fin? Au Camp Nou, on est justement arrivé à la croisée des chemins, là où la valse des générations ne provoque sinon pas une remise en question une éventuelle redistribution des cartes et des forces en présence.

Car, même s’il restera pour toujours un immense club, le FCB a bel et bien emprunté des fausses pistes ces derniers mois. Plutôt que de déclin, il est davantage venu le temps d’évoquer une certaine érosion, propre à un groupe qui est humain avant tout.

Et c’est justement là que les commentaires déchaînés – voire acerbes – lu et entendus çà et là ont fait fausse route: la montée en puissance catalane ne s’est pas arrêtée au fil de la semaine écoulée, mais il y a plus d’un an déjà. Petit à petit s’est dessinée cette fameuse érosion.

Les premières erreurs de trajectoire du Barça de la dernière demi-décennie datent de l’automne 2011 pour être précis. Elles trouvent leur point de départ dans les signes de lassitude affichés par Josep Guardiola. Dès le moment où l’architecte de ce groupe ahurissant a fait part de ses envies d’ailleurs, un ressort s’est brisé. La Ligue des champions et, surtout, la Liga avaient fini par filer sous le nez de Barcelone. Son palmarès 2011/2012 était bien moins reluisant que celui de l’exercice en cours. Et puis à l’annonce de son départ quelques mois plus tard, le club a qui plus est manqué un virage important.

Croyant pouvoir reposer ad aeternam sur son réservoir de la Masia, loué il est vrai aux quatre coins du monde, le club a refusé de recruter quelques noms ronflants durant l’été. Pis, incapable de couper le cordon de «Pep», il l’a remplacé par son adjoint Tito Vilanova. Comme pour s’inscrire dans une continuité qu’il ne pouvait décemment pas… prolonger. La santé précaire de l’ancien No 2 l’a certainement empêché de mener à bien son véritable projet, mais force est aussi de reconnaître que, à l’image de Xavi, les leaders prennent de l’âge.

Amputé de son «cerveau», moins tranchant qu’il y a encore un an, le futur champion d’Espagne n’a plus le même impact. Son bras droit Iniesta a prouvé bien malgré lui qu’il n’était pas le même joueur sans «son» Xavi à ses côtés. Et puis, surtout – et n’en déplaise à certains -, la véritable «Messi-dépendance» de cette équipe a définitivement éclaté au grand jour au cours de cette demi-finale contre l’immense Bayern Munich. Sans l’Argentin, on avait déjà eu un aperçu des difficultés catalanes en quart de finale contre le PSG. Celles-ci n’ont fait que se prolonger depuis…

Mais le Barça, malgré cela, récupérera d’ici quelques semaines son trône au sommet de la Liga. Voilà qui ne suffit toutefois pas à ses fans, qui ont appris à être gourmand avec le temps. Pour leur ramener une «Coupe aux grandes oreilles», pour que la question du déclin soit enlevée du tapis, il faudra que les dirigeants retiennent la leçon bavaroise. Car, s’il vaut bien entendu mieux prendre une fois 7-0 que sept fois 1-0, une telle claque ne servirait à rien s’il n’y avait pas une prise de conscience derrière.

A Barcelone, l’heure est évidemment à la reconstruction. Le chantier est ouvert à plusieurs postes. Le remue-méninges sera intense ces prochains jours au Camp Nou. Mais cet exercice cérébral est celui d’un champion national, demi-finaliste de la C1. Non pas celui d’un moins que rien ne valant plus un clou sur la scène européenne.