01/06/2011

Ce Servette a été énorme

Les qualificatifs manquent, tant pour décrire l’exploit servettien que la joie qui nous habite de retrouver les Grenat en Super League. Cette promotion, inespérée voici encore un mois et demi, a tout balayé sur son passage. Comme un ouragan. Les moments de doute de 2004, la pathétique conférence de presse de Joseph Ferrayé, la faillite de 2005, le retour en Première Ligue, les salaires impayés... Tout cela n’est à présent qu’un très mauvais souvenir dans l’esprit du supporter genevois.

Hier soir, la fin de match aura fait vivre mille tourments à tous les observateurs. De cette action de la 82e et ce tacle gagnant de Gonzalez à cette tête de Schneider qui flirta avec l’autogoal, les dernières minutes furent effectivement «invivables», pour reprendre le terme d’un Christian Schlauri blessé mais – à juste titre - euphorique dans la zone mixte.

Mais quel bonheur ce fut ensuite! L’ironie nous pousserait à dire, aujourd’hui, que tout ce qui s’est passé dans l’ivresse de ce 31 mai 2011 ne serait pas arrivé sans Marc Roger. Ce ne serait pas très fin. Et ce serait oublier, aussi, que, plusieurs mois durant, le SFC a végété dans l’ombre, avant de regagner petit à petit du crédit.

Des gens, bien évidemment, ont fait du Servette 2011 ce qu’il est aujourd’hui. Sans vouloir faire injure à Majid Pishyar, on pense d’abord à Paco Vinas, le rassembleur de temps difficiles, à Sébastien Fournier, à Joao Alves, bien entendu, mais aussi à David Pivoda qui, il y a encore quelque temps, œuvrait comme un damné, dans l’ombre, pour améliorer l’image du club genevois.

Hier soir, ces gens-là ont sans aucun doute eu la larme à l’œil. Eux aussi. A l’image des fidèles du Stade de Genève. Et de quelques suiveurs, aussi. Comment en effet, à travers les sourires de cette victoire contre Bellinzone, ne pas repenser à ces manifestations de soutien, dans une ambiance surréaliste, en janvier 2005? Comment ne pas repenser, non plus, à ces couvertures de match de 1ere Ligue, dans un très grand anonymat, contre des équipes comme Malley, par exemple? Avec les gouttes de pluie qui perlent sur la feuille de match, les doigts engourdis et le crayon qui ne relève que deux ou trois modestes occasions…

Cela aussi, dorénavant, fait partie de l’histoire de ce Servette, simplement énorme dans la dernière ligne droite de championnat. Vu l’issue des débats, tout le monde lui aura pardonné son couac de Locarno.

Le fantastique envahissement du terrain qui a suivi le coup de sifflet final et libérateur de Nikolaj Hänni n’est que le juste reflet de l’attente qui présidait dans le cœur des supporters. Comment, en effet, ne pas penser à ces fidèles, qui ont parfois bravé la tempête pour aller voir un match YB M21-Servette ou pour s’envoyer un déplacement au Breite de Schaffhouse un soir de semaine? Comme nous le confiait Tibert Pont par SMS: «Tous les Genevois la méritent, cette promotion».

Et lui le premier, fidèle parmi les fidèles, né en 1984 avec un cœur grenat et une passion du Servette ancrée au plus profond de ses entrailles. Le fils de Michel s’est fait un prénom. Dans son sillage, d’autres ont gravé à jamais leurs initiales dans l’histoire du club. Le plus grand mérite en revient certainement à leur entraîneur. Qui n’est plus seulement l’homme aux gants noirs, mais le technicien à la chemise à carreau, qu’il n’a pas cessé de porter en fin de saison…

Voir Joao Alves détrempé au champagne hier soir nous a ramenés douze mois en arrière, en cette fin d’après-midi du 16 juin 2010. La Suisse venait de battre l’Espagne au Mondial et Servette reprenait alors l’entraînement. Il pleuvait également ce jour-là. L’effectif n’était pas tout à fait au complet, les nuages pesaient sur le groupe. En débarquant à Balexert, c’est une ambiance de boum d’adolescents qui hantait le vestiaire. A la seule exception que l’on ne trouvait pas les garçons d’un côté et les filles de l’autre, mais plutôt les Genevois sur la gauche et les recrues sur la droite. Quelques visages étaient inconnus et l’on se demandait forcément si la sauce pouvait prendre.

Une année plus tard, le pari a marché. L’osmose est totale, l’ambiance merveilleuse. Cela, on le droit surtout à Joao Alves, impeccable chef de chantier et technicien hors-pair. «C’est notre deuxième papa», soufflent quelques-uns de ses protégés. Le mentor a réussi un chef-d’œuvre. Ses hommes ont parachevé l’ouvrage, parfaitement ciselé au terme d’une soirée arrosée dans tous les sens du terme.

Si le Stade de Genève a pu accueillir 23'000 personnes hier soir, c’est grâce à eux et rien qu’à eux. Quand une équipe a du cœur, ses fans, même les plus distants, ne peuvent que lui emboîter le pas. L’ambiance de ce 31 mai résonnera à jamais dans l’antre grenat. On se souviendra de la tribune qui répond gaiement aux chants du kop. On se souviendra aussi de ce mélange de générations et de nationalités, tous unis dans… la légende du Servette. On n’oubliera pas non plus que quelques supporters se promenaient avec des maillots du club encore affublé du sponsor «Placette». C’est dire depuis combien de temps la passion est ancrée en eux.

Et voilà que, à peine les bulles de champagne digérées, il faut parler d’avenir. C’est la loi du sport, ce milieu dans lequel tout va très vite, trop vite parfois. Au volant de la berline SFC, Majid Pishyar doit faire ses preuves pour s’asseoir dans une monoplace. Le but premier sera de finir dans les huit, puis, plus tard, de viser une place européenne. Il n’y a que par une gestion et un recrutement intelligents que le «boss» pourra entretenir la flamme. Aujourd’hui, il s’agit de continuer à bâtir, mais sans tout bouleverser. C’est aussi pour cela qu’Alves doit être maintenu. A tout prix.