30/03/2011

La question Hitzfeld

Ottmar Hitzfeld se raccroche à des espoirs pourtant déchus. Au lieu de concentrer ses forces sur la préparation des éliminatoires du Mondial 2014 ou de démissionner maintenant, le sélectionneur de l’équipe de Suisse s’entête et s’enferre. Selon lui, la qualification pour l’Euro 2012 ne s’est pas éloignée à travers l’échec de Podgorica ou le nul de Sofia. Elle reste même un sujet d’actualité. L’ancien entraîneur du Bayern Munich ne s’interdit pas de rêver à une victoire le 4 juin prochain en Angleterre, susceptible de relancer sa troupe dans la course à la compétition mise sur pied par l’Uefa.

            Il est peut-être le dernier à vouloir y croire. Même ses joueurs semblent résignés. A dire vrai, bien qu’elle ne montre rien de flamboyant depuis plus d’une année, on n’exclut pas totalement que la Nati puisse aller réaliser un exploit à Wembley. Ce qui nous fait en revanche davantage hésiter, c’est qu’on l’imagine mal s’offrir coup sur coup, dans la foulée, la Bulgarie, le Pays de Galles et le Monténégro. Compiler dix ou douze points en quatre matches ne paraît tout simplement pas à sa portée, tant ses dernières sorties ont frisé le néant.

            Alors bien sûr, on peut toujours dire que Hitzfeld n’est pas à la place de ses joueurs, que ce n’est pas lui qui manque de production dans le jeu, de courage sur la pelouse. Mais il n’empêche: l’homme est à la barre d’un navire qu’il n’a pas su transformer en vaisseau gagnant. Pis, en verrouillant au maximum la communication autour de la Nati, en empêchant ses hommes d’avoir quelques plages de liberté, l’Allemand leur a enlevé une partie de ce qui avait leur force par le passé: leur insouciance et leur joie de vivre.

            Oui, cette Nati ne fait plus rêver. Parce qu’elle est portée par un sélectionneur austère. Parce que son capitaine est un joueur caractériel, qui ne sait plus très bien ce qu’il se veut et ne répond pas au rôle que lui confère le port du brassard. Parce que certains de ses éléments ne parviennent pas à se transcender dès lors qu’ils endossent ce fameux maillot rouge à croix blanche que des tonnes de gamin rêveraient d’étrenner.

            Qui, aujourd’hui, aurait envie de descendre dans la rue pour célébrer en fanfare une belle performance de cette Suisse qui ne ressemble plus à celle d’il y a cinq ans? Soyons francs, personne. D’une part, car la passion n’y est plus. D’autre part car cette «Nati» ne gagne plus. Le bilan d’Ottmar Hitzfeld depuis sa prise de fonctions n’est guère reluisant: 11 victoires, 11 matches nuls et 7 défaites ont accompagné ses trente premiers mois sous l’égide de l’ASF.

            Alors oui, on a coutume de dire que, pour avancer, il ne faut pas regarder en arrière. D’aucuns ne l’ont peut-être pas tout à fait compris. «Gottmar» le premier, qui s’évertue à rappeler que, sans l’expulsion de Behrami contre le Chili à la Coupe du monde, «sa» Suisse aurait sans doute franchi le premier tour. On n’en sait rien, mais toujours est-il que le carton rouge adressé au milieu de terrain tessinois n’avait rien de scandaleux.

            Eux aussi désireux d’avancer, les dirigeants de l’ASF ont aussi commis l’erreur de lorgner leur rétroviseur. En ne prenant en compte que la carte de visite d’Ottmar Hitzfeld pour lui offrir une prolongation de contrat n’ayant ni queue ni tête, ils se sont fourvoyés. Certes, l’homme a remporté deux Ligue des champions. Mais c’était il y a dix ans, et plus. Il a été un très grand entraîneur. Seulement, dans les hautes sphères de Muri, s’est-on vraiment posé la question de savoir s’il était toujours un technicien de premier plan? En raison du manque de réflexion de quelques «têtes pensantes», c’est peut-être l’ensemble d’une génération de footeux helvétiques qui risque de se muer en génération perdue.

           

 

 

28/03/2011

Foot suisse: gueules d'enterrement

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Sofia, c’est du passé. Les gueules d’enterrement, c’est pour longtemps. A voir les mines défaites qui ont regagné la Suisse hier en début d’après-midi, l’ambiance est lourde et pesante dans le clan helvétique. Et les explications de la débâcle restent assez fumeuses. Surtout quand les micros se tendent vers Alexander Frei.

Le capitaine (pas courage du tout) dit savoir pourquoi il est incapable de faire trembler les filets sous le maillot suisse, mais refuse toujours de s’expliquer. Nous prend-il vraiment pour des blaireaux? Après le théâtre de marionnettes aperçu samedi soir, on est en droit de se poser des questions.

Car, moins de quarante-huit heures après ce match nul archinul, les constats sont les mêmes que dimanche matin. Et ce malgré les déclarations et autres tentatives d’éclaircissements amenées par les acteurs de Série B que sont la plupart des internationaux helvétiques.

Après tout, certains osent encore se demander pourquoi onze mecs titulaires dans leur club respectif n’arrivent pas à terrasser la ô combien incroyable Bulgarie. La réponse tombe d’elle-même: que ce soit en Allemagne, en Italie ou ailleurs, ces gars-là sont des hommes de l’ombre en club. Ils jouent, mais ferment leur gueule. Dès qu’ils reviennent en Suisse, le cul dans la soie, considérés comme des stars internationales, ils pètent plus haut que leur… cul. Finalement, la proposition de Christian Constantin - "faire dormir les gars dans une caserne" - n'est pas si farfelue que ça.

Il faut peut-être passer par là pour renouer avec l'envie et pour balayer les questions: mais quand retrouverons-nous une Nati joyeuse de vivre et pleine d’humilité, comme celle qui nous a amené tant de bonheur entre 2002 et 2006? Quand retrouverons-nous une Nati insouciante et plaisante? Jamais, soyons clairs, tant qu’Ottmar Hitzfeld tire les ficelles!

Le moral est en dessous de zéro, le projet de jeu est au néant. Et l’avenir semble plombé. Par pitié, messieurs de l’ASF, remettez un peu de joie dans cette équipe, loin, très loin, de l’austérité allemande…

27/03/2011

La Suisse sous perfusion

 

Dans le regard du supporter, il n’y a même pas de dépit. Voir la Suisse quitter Sofia (et mourir?) sur un match nul 0-0 ne surprend plus, tant cette équipe ne déchaîne plus les passions. Conduite par un sélectionneur qui semble n’avoir aucun pouvoir, cette Nati qui faisait descendre les gens dans la rue il y a de cela encore cinq ans ne fait plus rêver. Comment, en effet, vouloir s’amouracher d’un collectif qui, une demi-heure durant, a regardé jouer des Bulgares sans génie?

«C’est vrai, personne n’était là durant les trente premières minutes, avouera après coup Marco Streller, étonnamment lucide. Tout le monde a fait tout faux, techniquement, dans l’impact et dans l’organisation.» Et, si les Helvètes ont montré une sursaut d’orgueil à partir de la 60e minute, cela s’est avéré insuffisant pour terrasser une Bulgarie timide, mais teigneuse. A entendre Ottmar Hitzfeld, il «n’a rien à reprocher à ses joueurs...»

Bon sang, mais comment refuser l’autocritique? La Suisse a été nulle, comme le score. Le nombre de ses occasions concrètes s’élève à deux, voire trois. Quand Alexander Frei a eu l’ouverture du score au bout de l’occiput, il a vu l’excellent Mykhailov réaliser une jolie parade. Quand Blerim Dzemaili a essayé d’envoyer un missile dans les filets adverses, il a vu un défenseur détourner le ballon en corner. Les autres escarmouches ont été trop vaines pour être citées. Et que dire encore des coups de pied arrêtés, tous mal tirés? Que dire aussi de ce manque de révolte sur la pelouse, de ce manque d’envie?

Alors oui, la Nati peut déjà commander le canapé et les chips pour regarder l’Euro 2012 depuis chez elle. Avec six points de retard sur l’Angleterre et le Monténégro, il ne faudrait pas un exploit, mais des exploits voire un cataclysme pour qu’elle accède à cette deuxième place synonyme de barrage. Après s’être ratée à Podgorica, la bande de Hitzfeld s’est fourvoyée à Sofia. «Il reste un petit espoir de qualification et cela passe par un succès à Wembley», martèle sélectionneur, lui aussi adepte de cette désespérante Méthode Coué.

Reste que, pour gagner en Angleterre le 7 juin prochain, sa troupe devra faire tout autre chose sur le terrain. Et lui devra surtout revoir son coaching. L’entrée de Gelson Fernandes n’a rien amené. Celle d’Eren Derdiyok non plus. Et pourquoi laisser Hakan Yakin sur le banc dans un match pareil? Oh, bien sûr, les détracteurs du Lucernois diront qu’il n’a plus ses jambes de vingt ans. Or, il possède toujours cette virtuosité technique capable d’amener le seul éclair de génie essentiel dans un match aussi terne. Remember Athènes 2008, lorsque c’est lui-même qui lança en profondeur Blaise Nkufo pour ce succès capital dans la course au Mondial 2010.

Les temps ont changé et le successeur de Köbi Kuhn a à présent décidé de fermer les yeux sur le potentiel de «Haki». Dommage. Et c’est là qu’on ne peut que se rappeler du fameux diton: «Qui ne tente n’a rien». A force de s’entêter avec Gökhan Inler, à force de s’entêter avec Marco Streller, Hitzfeld court à la propre perte de son équipe. Pas à la sienne, évidemment, puisque son contrat vient d’être (grassement) prolongé jusqu’en 2014.

Les mines étaient certainement déconfites dans l’avion ramenant les Suisses vers Zurich. Au-dessus de leur repaire de Feusisberg, là même où les gamins venaient en troupeaux pour recueillir les autographes il y a encore quelques mois, flottent les nuages synonymes de fin d’époque. C’est regrettable pour les éléments ayant mouillé le maillot samedi soir - Dzemaili et Grichting notamment, voire Lichtsteiner et von Bergen sur certaines séquences. Ca l’est moins, en revanche, pour les joueurs qui ont marché sur le terrain. La Suisse du football est sous perfusion. Reste à savoir si, en confiant son destin entre les mains d’un certain «Gottmar», elle a exercé le bon choix...