20/05/2012

Chelsea a écrit une incroyable histoire

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Le rêve a viré au cauchemar pour le Bayern Munich. Alors que sa saison européenne avait été sans fausse note, alors que ses hommes avaient su gérer à merveille la pression qui les obligeait à aller disputer la finale chez eux, le club allemand a fini par laisser filer la «Coupe aux grandes oreilles» dans les mains de Chelsea. Ceci aux tirs au but après des essais manqués d'Ivica Olic (arrêt de Petr Cech) et Bastian Schweinsteiger (poteau). «On se demande comment on a fait pour en arriver là», a publiquement regretté le président bavarois Karl-Heinz Rumenigge.

         Tout, ce samedi 19 mai, s'est ligué contre le «Rekordmeister». Il y a, au fil de la soirée, eu un signe qui montrait que ce ne serait pas son soir. Peu importent sa domination, ses occasions à la belle, l'ouverture de la marque (tardivement) signée Thomas Müller et le penalty obtenu en prolongations par Franck Ribéry. Il était écrit, quelque part, que cette cuvée 2011/2012 serait celle de Chelsea. Et de deux hommes en particulier, le portier Petr Cech et l'attaquant Didier Drogba. Le premier a repoussé le penalty de Robben à la 94e minute, le second a égalisé à la 88e puis inscrit le tir au but décisif. Sur la décennie écoulée, c'est finalement l'année où on les attendait le moins que les «Blues» ont concrétisé leur rêve absolu, le rêve de l'oligarque russe Roman Abramovich, devenu propriétaire du club en 2003.

         Le football, c'est certain, n'est pas le grand gagnant de l'issue de cette Ligue des champions, mais le cœur de l'Ivoirien et le talent immense du Tchèque méritaient de connaître une fois l'ivresse d'un tel titre européen. C'est cruel pour le Bayern, qui présente l'un des plus beaux football du continent, mais la logique ne fait pas partie intégrante du sport. La domination stérile des Bavarois et l'entêtement de ses ailiers Franck Ribéry et Arjen Robben à vouloir «sauver la patrie» à eux seuls leur a finalement coûté cher. Ni le Français ni le Néerlandais n'avaient sous la semelle de quoi faire exploser l'Allianz Arena. En jouant leur carte personnelle, les deux hommes ont oublié Mario Gomez. Ont oublié le sens du collectif que prône leur entraîneur Jupp Heynckes. Et voilà les Munichois qui échouent pour la troisième fois de l'exercice aux portes d'un trophée. «Quand le Bayern ne remporte rien, on est forcément obligé de dire que c'est une mauvaise saison», a reconnu l'entraîneur.

         De l'autre côté, Chelsea a connu un cru 2011/2012 des plus difficiles avant que le champagne ne puisse sauter. Sans doute Abramovich aurait-il échangé tous les championnats d'Angleterre remportés jusqu'ici pour connaître l'ivresse d'une nuit bavaroise. Qui, en février dernier après une défaite 3-1 en huitième de finale contre Naples, aurait encore misé le moindre kopeck sur les «Blues»? Personne. André Villas-Boas, promu trop tôt comme étant un deuxième José Mourinho, fut prié de «dégager». Roberto Di Matteo, son successeur, ne devait assurer qu'un intérim avant de retourner dans l'ombre. Mais l'Italien né et formé en Suisse a mis les choses à plat avec les joueurs majeurs, s'est mis le vestiaire dans la poche. Tous ont alors choisi de jouer ensemble. De faire front contre vents et marées.

         Cole est redevenu un défenseur vif sur l'homme avec un véritable sens de l'anticipation, Lampard a retrouvé sa justesse de jeu et Drogba a mis ses tripes sur le terrain. Pour montrer que, à 34 ans, il n'était pas mort. Naples a mordu la poussière. Benfica s'est pris le pied dans le tapis en quart de finale et Barcelone a perdu la tête en demi-finale. Ce ne fut jamais du sport-spectacle, mais l'efficacité londonienne a emmené Chelsea sur le toit de l'Europe. Chose qu'il n'avait encore jamais connue. Il aura suffi aux Anglais d'obtenir un seul corner contre le Bayern pour que les filets de Neuer finissent pas trembler. Dans le coup de tête de Didier Drogba s'est exprimée une formidable rage intérieure. Comme si, sur ce geste, l'Ivoirien tentait le tout pour le tout en se disant que c'était là sa dernière occasion d'embrasser la «Coupe aux grandes oreilles».

         Lui, souvent moqué pour ses finales ratées (CAN 2006 et 2012, C1 2008), a pris sa revanche. Cech a fait le reste en se montrant déterminant. Un signe que, malgré sa fracture du crâne de 2006, l'ancien gardien du Stade Rennais est l'un des meilleurs de la planète à ce poste. Au lendemain de la finale, celui-ci a fêté ses 30 ans. Il ne pouvait certainement pas s'offrir plus beau cadeau d'anniversaire qu'une victoire en Ligue des champions. Peut-être même qu'Abramovich lui a glissé une quadruple prime sous le gâteau. Pendant ce temps-là, Schweinsteiger, en larmes, ruminait sa déception. Et le magnat russe, lui, se demande bien ce qu'il va faire des contacts entrepris avec Fabio Capello maintenant que Roberto Di Matteo lui a glissé un titre européen entre les pattes...

 

 

26/04/2012

WunderBayern

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Cela fait des lustres que ça dure. La pensée collective, initiée par les anciens, veut nous obliger à ne pas aimer les Allemands. Au niveau humain déjà, eu égard à ce qui s'est passé chez eux, mais aussi au niveau sportif. Leur football des 70-80-90 n'a en effet pas de quoi être érigé en symbole. En Suisse - comme peut-être en France - les gamins ont longtemps été élevés au «désamour» de la «Mannschaft» et nourri à la haine du Bayern Munich et de cette Bundesliga qu'on ne devinait que le dimanche au coin du feu avec les commentaires de Jean-Jacques Tillmann.

Mais, fort heureusement, les mentalités ont tendance à changer. Ce qu'on a vu au Mondial 2006, à l'Euro 2008 et encore lors de la Coupe du monde 2010 a confirmé ce changement de cap. Oui, l'Allemagne est belle. Elle compose un hymne au ballon rond et fait la fête chaque week-end dans ces stades. Il suffit désormais d'enclencher SwisscomTV pour s'en persuader. Là-bas, le football est roi et les débordements dans les stades ne sont pas légion. A part sur la pelouse, où les latéraux s'illustrent.

Le Bayern aussi est beau. Hier soir, sa qualification arrachée aux tirs au but contre le Real Madrid est méritée. Cent fois méritée. Mille fois méritée. Malgré un début de match durant lequel la pression merengue l'a par moments étouffé, le collectif de Jupp Heynckes a su garder ses nerfs, remettre l'ouvrage sur le métier et obtenir la récompense de ses efforts. Le volume de jeu d'Alaba, la rapidité de Ribéry et les mouvements de Gomez ont eu raison des certitudes de José Mourinho.

Alors bien sûr, cela ne s'est pas joué à grand-chose, mais les Dieux du football, amoureux des équipes qui attaquent, ont choisi leur camp. La main de Neuer n'a pas tremblé. Contrairement au pied de Ramos, qui a rejoint Twickenham avec son essai. Ou à la patte de Ronaldo, lequel aurait certainement assuré son Ballon d'or en se hissant en finale.

Maintenant, qui ira chercher la «Coupe aux grandes oreilles»? A trois semaines de l'ultime rendez-vous, le suspense est déjà à son comble. Avec plusieurs suspendus, tant dans le camp de Chelsea que dans le camp bavarois, Di Matteo et Heynckes devront revoir leurs plans. Plus malin sera celui qui, au final,... gagnera.

 

25/04/2012

Guardiola n'avait pas retenu la leçon!

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Barcelone est mort. Vive Barcelone? Hier soir, le roi d'Europe est subitement descendu de son trône, rappelé à l'ordre qu'il a été par un Chelsea euphorique, quatre jours après avoir été secoué par le Real Madrid. Le beau jeu ne s'impose pas toujours. Telle est la première leçon que l'on pourra retenir de cette première demi-finale de Ligue des champions. Les «Blues» ont lutté et triomphé (sur l'ensemble des deux matches) avec leurs armes. Celles-ci ont beau ne pas être des plus enthousiasmantes, elles sont gagnantes. Et c'est tout ce que leur demande l'oligarque Roman Abramovich.

Au-delà de la qualification des Londoniens pour la finale surgit une question entourant Josep Guardiola. Deux ans après s'être fait moucher par l'Inter de José Mourinho, le technicien chauve n'a, semble-t-il, pas retenu la leçon. On peut certainement y voir une erreur dans la préparation du match, un faux pas dans son coaching. Car comment se fait-il que, vingt-quatre mois plus tard, l'ancien demi du Barça s'incline dans les mêmes circonstances, à savoir à onze contre dix? Roberto Di Matteo a su le piéger comme l'avaient fait les Milanais en 2010. A l'italienne. Sans que les hommes de Guardiola, as de la passe, n'arrivent à transpercer la muraille.

Le dénouement de cette demi-finale n'est pas une ode au football champagne, mais elle met en lumière l'excellente préparation de Chelsea. Qui, tel un joueur d'échecs, a toujours su réagir. Même mené 2-0. Même en infériorité numérique.

Le bloc londonien a mené la vie dure aux Catalans et provoqué un premier séisme européen. Qui pourrait être suivi d'un second si le Bayern venait à bouter le Real hors de la C1 dans quelques heures. Les armes de Lampard et Cie ne sont pas celles de l'huilé collectif blaugrana, mais elles les ont portés en finale, là où plus personne ne les attendait il y a de cela un petit mois. Ces armes ne sont pas belles et sont logiquement contestées. Or, elles gagnent.

Et celui qui gagne a toujours raison...

 

 

19/04/2012

Chelsea, c'est la Squadra azzurra!

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Ainsi donc, Chelsea a terrassé le grand Barcelone. 1-0 hier soir, but de Drogba. Au-delà de l'incertitude qu'elle laisse planer avant le match retour de mardi, cette victoire a (re)mis en lumière la mue dont se sont fait auteurs les «Blues» depuis le limogeage d'Andre Villas-Boas.

A la fin du mois de février, l'entraîneur portugais, ancien disciple de José Mourinho, a laissé sa place à Roberto Di Matteo et, depuis, le jeu des Londoniens n'est plus tout à fait le même. Désormais, Chelsea, c'est la Squadra azzurra d'antan! Et pour cause, son manager est Italien... Procédant par contres meurtries, usant et abusant des simulations, Didier Drogba et sa clique ne présentent pas le football le plus chatoyant du XXIe siècle. Mais ils ont levé les bras, hier soir.

Ce n'est pas le succès le plus excitant de l'histoire du jeu, mais il a le mérite d'entrouvrir aux «Blues» la porte d'une finale, quatre ans après l'échec de Moscou face à Manchester United. Reste que le plus dur aura lieu au match retour, au Camp Nou. Là où le Barça, utilisant de son côté les grands espaces que lui offre sa pelouse, devra forcer son talent et arrêter les grigris. Histoire d'aller droit au but. Mais pas comme l'OM qui péclote en Ligue 1.

On se demandait dans le billet posté mardi sur ce blog si Barcelone avait vraiment perdu son âme, son jeu, comme aiment à le dire ses détracteurs. La réponse est non. Durant la première mi-temps, les Catalans avaient en effet évolué en mode PlayStation. N'a finalement manqué que le petit but à même de faire son bonheur. Avant le thé, Sanchez a touché du bois et Fabregas a manqué l'Everest. Après la pause, la frappe d'Adriano a heurté le montant et ce même Fabregas a raté le K2.

Le manque de réalisme aperçu hier soir aura-t-il de lourdes conséquences pour les champions d'Europe? On ne le saura que dans une semaine. D'ici-là, les hommes de Guardiola, qui disputent le Clasico samedi soir, pourraient tout perdre. Ou tout gagner. Ainsi va une saison «moyenne» au royaume du Barça.

 

17/04/2012

Le Barça sentirait-il le sapin?

 

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L'Europe du football retournerait-elle sa veste? On peut le penser! Elle qui a tant encensé le FC Barcelone version Pep Guardiola est en train de virer de bord. Les plumitifs «as de la dithyrambe» et les consultants - et Dieu sait que d'aucuns sont de pacotille - ont subitement appris à reformuler leur(s) discours. A émettre quelques bémols à tout ce qu'ils avaient pu prétendre dans un très récent passé.

Aux termes «plus belle équipe du siècle» et «meilleurs joueurs de l'histoire» ont succédé les points d'interrogation. La machine collective mise en place par le technicien déplumé n'est plus intergalactique, mais simplement banale. C'est en tout cas que le message que certains tentent de faire passer depuis que Lionel Messi et sa formidable cohorte ont un temps compté dix points de retard sur le Real Madrid en championnat. C'est aussi ce qui s'est dit après que les champions d'Europe aient «péniblement» franchi l'obstacle AC Milan en quarts de finale de la C1.

La démonstration livrée au tour précédent de la Ligue des champions contre le Bayer Leverkusen n'avait pas totalement dissipé le malentendu sur le niveau de jeu de cette équipe royale. Une formation qui survole son sujet comme l'a fait le groupe blaugrana contre Derdiyok et Cie aurait pourtant eu droit à six mois de tranquillité. Mais pas le Barça!

Car le Barça, aujourd'hui, fâche. Sa domination et son aisance technique irritent.

A tel point que les loups guettent le moindre faux pas au coin du bois. Au vrai, la question qui circule aujourd'hui est la suivante: Barcelone sentirait-il le sapin? Ou, différemment formulée: la poudre magique que le collectif catalan disperse aux quatre coins du monde depuis près de trois ans serait-elle usée?

La réponse tombera dans les heures qui viennent, dans la semaine qui vient. Avec un déplacement à Londres demain soir pour y affronter Chelsea, la réception du Real Madrid samedi soir et un match retour à domicile contre les «Blues» mardi prochain, Pep Guardiola - qui s'interroge encore sur le fait de rester sur le banc du Camp Nou - devra faire taire ses détracteurs. Ou pas.