09/03/2012

SFC: les grands clubs ne meurent jamais

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Le dernier tour de Majid n'aura fait rêver personne, mais le Servette FC est encore et toujours en vie. La (très) bonne nouvelle est tombée hier, jeudi 8 mars, soit une semaine après que «Sieur Pishyar», président sans scrupule, eut déposé le bilan du club grenat. La juge Fabienne Geisinger-Mariéthoz aurait pu enterrer définitivement le SFC, mais elle a patienté. Elle mérite peut-être une statue, elle aussi.

A minuit moins une, ou presque, le sauvetage s'est précisé. Par la grâce de financiers genevois anonymes, qui ont choisi de propulser Hugh Quennec, patron du Genève-Servette HC, en première ligne. Aux côtés du Québécois, nul doute que Michel Pont a joué un rôle primordial pour prolonger le sursis genevois.

Car le SFC, et l'adjoint d'Ottmar Hitzfeld l'a encore rappelé, n'est pas sauvé. Mais il a désormais un petit mois devant lui pour travailler sur sa situation extrasportive. Ceci afin de redorer son image, de consolider ses dernières fondations et d'obtenir sa licence en vue de la saison prochaine. Dans cette optique, la mansuétude dont a fait (et fait toujours) preuve la Swiss Football League (SFL) - laquelle n'a strictement aucun intérêt à voir un deuxième club partir en faillite - est une aubaine pour celui qui est actuellement le meilleur club romand de Super League.

Ouf, trois fois ouf, sept ans après avoir volé en éclats au terme de l'ère Marc Roger, le Servette FC respire encore. Des soins intensifs, il est passé en salle de réveil. Les 650'000 francs déposés sur la table lui permettront de régler les différents salaires et de s'éloigner un petit peu du précipice. C'est déjà ça, évidemment, quand on sait que, mardi dernier, tout le monde était déjà prêt à l'envoyer dans la tombe. «Si je suis entré dans ce projet, c'est que je suis confiant dans la possibilité de trouver des solutions», a tout de suite annoncé Hugh Quennec.

Homme reconnu dans le milieu genevois, le patron du GSHC devra fédérer différents investisseurs autour de sa personne. Il est déjà quasiment certain de pouvoir s'appuyer sur le soutien de Giuseppe Luongo, le Transalpin de Nyon qui s'était manifesté auprès du clan Pishyar pour reprendre le SFC, ainsi que sur l'Association SFC, constituée par Claude Charmillot et Philippe Mortgé. Même si celle-ci a lutté contre des moulins à vent, en ne parvenant qu'à réunir une somme dépassant légèrement les 100'000 CHF, elle a eu le mérite de donner un grand coup de pied dans la fourmilière. C'était essentiel.

L'horizon du Servette se débouche petit à petit. Et Majid Pishyar, au grand soulagement de tout le monde, est enfin parti. Pour un franc symbolique. Même s'il a été nommé président d'honneur - et non pas président donneur -, l'Iranien ne va pas laisser un grand vide sur la place genevoise. Depuis le 31 mai dernier et la promotion en Super League, son attitude a tout simplement été indigne. Irrespectueux des contrats, de ses partenaires, du tissu économique local et des supporters, il a bien failli se voir affublé de l'étiquette de fossoyeur. S'il a pu l'éviter, ce n'est que par la grâce de Hugh Quennec et de ses soutiens.

Et voilà que, désormais, c'est le Québécois et personne d'autre qui pourrait endosser le costume de nouvel homme fort du sport genevois. Tout le côté sportif du canton, et malgré les petits soucis connus par le GSHC en play-out, pousse un léger «ouf» de soulagement ce matin. Son ciel est moins encombré, ses perspectives beaucoup plus réjouissantes. Même si, on le répète et comme l'a rappelé Pont, rien n'est encore fait.

Reste que, maintenant, c'est aux nouveaux patrons du Servette FC - avec ou sans le très contesté directeur sportif Costinha??? - de surfer sur la vague d'espoir et d'enthousiasme qui les accompagne. A n'en pas douter, il y a désormais un coup formidable à jouer. Car une chose est sûre, les grands clubs ne meurent jamais!

 

29/11/2011

Pishyar: l'image écornée?

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Il avait, dit-il, repris le Servette FC afin d'aider la ville de Genève - «que j'aime» - à retrouver sa place dans l'élite du football suisse. En trois ans, Majid Pishyar a réussi son coup. A la cour des miracles, c'était bien lui le grand gagnant, au soir du 31 mai dernier. Implorant «my god», l'Iranien avait, ce soir-là, laissé éclater une joie incommensurable, alors que toute la cité se prenait à rêver à des lendemains qui chantent. La couleur grenat s'était réinstallée à sa vraie place, en Super League. Les anonymes Patrik Baumann, François Moubandje et autre Christian Schlauri étaient fêtés en héros.

Six mois plus tard, la fête a du plomb dans l'aile, les visages affichent des traits tirés, l'incertitude s'est insinuée dans les moindres recoins de Balexert. Non pas que le trio de joueurs susmentionné ait connu une grave chute, mais en raison des incohérences de la présidence servettienne. Pisyhar avait tout pour bien faire, force est de reconnaître qu'il est en train de se fourvoyer.

Car, si les célébrations avaient pu être si belles après la promotion, c'est sans aucun doute grâce à la patte de Joao Alves. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le technicien portugais avait bâti un groupe sain et uni, construit une formation prête à aller à la guerre avec lui. Avec son licenciement, c'est un pan de l'histoire du SFC vient de s'écrouler.

Après, il est clair que le métier d'entraîneur est instable. Ce n'est pas tant l'éjection d'Alves qui étonne, mais davantage la manière. Les non-dits qui ont trop longtemps couru autour du rectangle vert, la messagerie vocale qui fait office de séparation et le flou qui a cerné la tête du Lisboète. Jusqu'à dimanche soir et ce communiqué abrupt.

Exit Joao et voilà Majid Pishyar qui catalyse autour de lui les rancœurs. Plus que d'avoir viré l'homme de la promotion, le patron du SFC a peut-être fait une erreur en s'entourant de quelques hommes flous du football portugais. Costinha présente certes un palmarès de joueur fantastique, mais il a encore tant de preuves à faire sur le plan directorial. Sachant que le terne Saleiro n'y est pas parvenu, son «pantin» Pereira l'aidera-t-il dans sa tâche?

Quant à l'Iranien lui-même, il est en train de ternir tout seul sa réputation. D'une part, sa décision de dimanche soir lui vaut les critiques des fidèles du Stade de Genève. D'autre part, sa reprise en main de Gilbert Albert reste entourée de nombreuses interrogations. Héros en mai, paria en novembre. Quid en février?

20/08/2011

Servette FC: friture entre les lignes

Costinha doit ruminer. Il y a quelques heures, le directeur sportif du Servette FC s’était ouvert. Pour s’insurger contre le traitement de défaveur dont était victime son club avant la 6e journée de Super League. Ce samedi soir, le Portugais doit en avoir ras-le-bol. Car, disons-le tout de suite, contre Grasshopper, les décisions du directeur de jeu Cyril Zimmermann (deux penalties oubliés) ont sans doute influé sur l’issue d’un match que ses hommes ont abordé par le mauvais bout et fini de pareille manière (défaite 3-4).

Un peu de plus de 12'000 spectateurs avaient pris le chemin du Stade de Genève pour assister, espéraient-ils, à la troisième victoire grenat de la saison. C’était oublier que ce SFC pourtant si plaisant n’a toujours pas remisé aux vestiaires ses pertes de lucidité défensives. Ainsi, face à des «Sauterelles» pourtant mal en point, David Gonzalez et ses partenaires ont manqué l’occasion de prendre encore leurs distances avec la queue du classement. Une erreur d’appréciation du portier donnait un premier avantage aux visiteurs (4e), dans une entame de match qu’il ne fallait surtout pas galvauder. Certes, Eudis, parfaitement servi par Karanovic, remit les compteurs à zéro - ou, plutôt, à 1-1 – à la 24e, mais ce début de rencontre allait rester en travers de bien des gorges.

Toujours désireux de produire du jeu et de faire le spectacle (qui s’en plaindra?), Servette continua d’attaquer, s’exposant malheureusement à des contre-attaques meurtrières. Innocent Emaghara, percutant comme à ses plus beaux jours, en profita une première fois cinq minutes après l’égalisation. Il sut s’engouffrer dans l’arrière-garde genevoise. Entre les lignes servettiennes, il y eut trop souvent de la friture ce samedi après-midi. Comprenez par-là que le bloc équipe n’en était pas un, que les espaces étaient parfois trop flagrants. La sortie de Pizzinat, qui permit à Kouassi de revenir dans l’entrejeu, ne changea pas tout à fait la donne. L’attaquant international en profita pour doubler la mise.

Au retour des vestiaires, Routis égalisait, mais ce n’était que de la poudre aux yeux, les Genevois se faisant à nouveau prendre en contre par… Emeghara moins de 240 secondes plus tard (2-3, 53e minute). Pourtant meilleurs dans le jeu, les protégés d’Alves manquaient de promptitude dans le dernier geste. Malgré la formidable débauche d’énergie de Vitkieviez – l’homme qui dépense 8'500 calories par mi-temps – ou les grigris d’un Yartey encore court physiquement, il fallut attendre la 66e minute pour que le 3-3 tombe du ciel. Stéphane Nater, qui n’était qu’un poids mort dans le jeu pur jusqu’ici, trouva les filets de Bürki d’un incroyable coup de tête.

A ce moment-là, dans la ferveur d’un Stade de Genève prêt à s’enflammer, on imagina que Servette s’en irait faire la décision. Cyril Zimmermann prit tout le monde à contrepied en dictant un penalty en faveur des Zurichois. Emeghara quadrupla la mise, confirmant du même coup que, lorsqu’il est placé dans une véritable position d’attaquant, il possède toutes les qualités pour ne… pas faire de vieux os dans ce championnat de Suisse.

Les Genevois, eux, méritaient mieux. Il n’est pas l’heure de les accabler. Mais, après six journées, on en revient malheureusement toujours aux mêmes conclusions: le SFC est une magnifique équipe, qui propose du beau football, mais qui demeure pour l’instant beaucoup trop naïve derrière pour s’installer sur le podium de Super League. Alors que le premier tour leur propose une fin de calendrier difficile – Sion, Bâle et Lucerne -, Pizzinat et compagnie ne doivent pas craquer. Il serait dommage de remettre en question tout ce qui a été bien fait jusqu’ici. Il y a seulement de petits détails à régler. Or, c’est souvent sur ces petits détails-là que se joue une saison…