30/05/2012

Ben Arfa, ce cas à part

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C'est une énigme, forcément, du groupe France emmené à l'Euro par Laurent Blanc. A 25 ans, Hatem Ben Arfa promène certes derrière lui une déjà longue carrière, mais il s'apprête seulement maintenant à prendre part à son premier grand événement. L'Euro 2008 lui avait filé sous le nez après qu'un hélicoptère soit venu le repêcher à Tignes. La Coupe du monde 2010, il l'avait également regardée à la télévision. «Tant mieux, avait-il confié plus tard, car vu ma réputation on m'aurait certainement placé parmi les premiers mutins de Knysna.»

Deux ans après sa non-sélection pour l'Afrique du Sud, le Parisien commence à sortir du brouillard, mais il est toujours suivi par une étiquette de «caractériel» qui ne devrait jamais lui échapper. Sa longue traversée du désert semble toutefois terminée. Reste qu'il ne faut pourtant pas aller trop vite en besogne quand on connaît l'intéressé. Lui promet s'être assagi, avoir mûri et se dit même épanoui dans sa vie privée. On peut, on doit le croire, car il mérite une nouvelle chance, mais «HBA» est un personnage à prendre avec des pincettes. «La flamme que j'ai en moi m'accompagnera jusqu'au bout, lâche-t-il ce mois-ci dans les Inrockuptibles. Il faut juste que j'arrive à la canaliser pour en tirer profit sur le terrain.»

Là est désormais la plus grande mission de celui qui a longtemps été considéré comme la plus belle promesse du foot français devant ses camarades de promotion Benzema, Ménez ou Nasri. «C'était le plus talentueux de la génération 1987», avoue d'ailleurs le sélectionneur des «Bleuets» de l'époque Philippe Bergeroo.

Emmené par Blanc dans ses bagages alors qu'il n'avait été convoqué qu'à une seule reprise en deux ans (c'était en août 2010 en Norvège et il avait marqué le seul français du match), l'ancien joueur de Lyon ne devrait pas être titulaire, mais il devra saisir chaque minute de jeu offerte par le sélectionneur. Histoire de faire taire les sceptiques. Histoire de donner raison à Alan Pardew, son entraîneur à Newcastle, qui avait dit de lui qu'il avait de l'or dans les pieds.

C'est peut-être vrai, finalement, mais le talent n'est parfois pas grand-chose s'il n'est pas allié à une tête bien faite. Capricieux, colérique, peut-être même mal conseillé, Ben Arfa a, en huit ans de carrière pro, beaucoup alimenté la chronique par un comportement «borderline». On se souvient notamment de ses conflits avec Aulas et Houllier à Gerland, ainsi que de ses fâcheries avec Gerets à Marseille. Le joueur prétend que ce n'est plus que du passé. «J'ai évolué, j'ai grandi. Je n'ai plus 20 ans. J'ai 25 ans aujourd'hui et je suis plus fort qu'avant.»

L'Euro, vitrine par excellence y compris pour les talents en déshérence, est l'occasion ultime pour se relancer. Après tout, le meilleur espoir de la saison 2008 de Ligue 1 n'a pas pu se perdre aussi rapidement que son désormais ex-camarade en Bleu Yoann Gourcuff. Après avoir manqué son pari avec le Breton, Blanc s'emploie à le gagner avec Ben Arfa. Peut-être sortira-t-il de son chapeau une association «Ben-Benz» (Ben Arfa-Benzema) pour que, clin d'œil du destin, l'avenir de la France soit assuré par un tandem originaire de Tunisie et d'Algérie.

29/05/2012

Gourcuff, le coup de bluff manqué de Blanc

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C'est en camionnette blanche nous dit-on et non pas en hélicoptère comme ses compatriotes de 2008 que Yoann Gourcuff a quitté l'équipe de France. Le joueur de l'Olympique Lyonnais a été rayé de la liste de Laurent Blanc au dernier moment. Mapou Yanga-Mbiwa aussi, mais, paradoxalement, la mise à l'écart du défenseur de Montpellier surprend moins l'opinion publique.

A dire vrai, le coup de bluff du sélectionneur français n'a pas marché. Amoureux fou de son ancien protégé à Bordeaux, le «Président» pensait pouvoir le relancer en dépit d'une saison catastrophique, qui succédait déjà une autre sans éclat. Une semaine durant, le Breton a cru pouvoir saisir sa chance. C'était peine perdue. Au cœur du jeu des «Bleus» dimanche soir contre l'Islande, sa prestation a été insipide, sans éclat. Les quelques jours intenses suivis avec Tiburce Darou - l'ancien préparateur physique de la... Star Academy - se sont avérés insuffisants.

Gourcuff est le fantôme du joueur éclatant, qui avait illuminé de toute sa classe la saison 2008/2009 de Ligue-1. Son rayonnement avait permis aux Girondins de devenir champions de France. Ses coups de patte et sa vista avaient sauvé la nation lors d'un périlleux déplacement en Roumanie. Aujourd'hui, d'aucuns parmi les plus grands spécialistes - il suffit d'aller voir les comptes Twitter de certains journalistes français - en viennent à se demander si, à l'époque, ce n'étaient pas des hallucinations qui les avaient poussés à voir en lui un successeur de Zinedine Zidane.

Alors bien sûr, l'absence du Gourcuff de 2012 n'est pas un problème pour la France. Mais celle-ci se serait enthousiasmée d'avoir en son sein le Yoann de 2009. Or, après avoir perdu tout son niveau et avoir été, psychologiquement parlant, l'une des pires victimes de Knysna, le Breton est miné. Et c'est à se demander s'il redeviendra, un jour, cet élément qui faisait se lever des foules aux quatre coins de l'Hexagone.

S'il y parvient, sûr que la Ferrari remplacera la camionnette blanche...

 

15/01/2012

La France du foot: triple A?

Tiens, et si le fameux club des cinq ne comptait finalement que quatre membres? Aujourd'hui, on peut en effet se poser des questions quant à la composition exacte de ce que l'on appelle traditionnellement les «meilleurs championnats européens». D'ordinaire, on glisse dans cette caste très fermée l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie et la France.

Or, ce dernier, depuis quelque temps déjà, commence à péricliter. Le jugement n'émane pas forcément du soussigné, mais bien de ses principaux observateurs. On se souvient des salves régulières que Pierre Menès envoyait lorsqu'il hantait le plateau de l'émission «100% Foot». On se rappelle aussi de la mission que la LFP avait confiée à Michel Hidalgo afin d'imaginer un scénario capable de dynamiser son championnat. A en croire l'actualité, la Ligue 1 serait un «championnat en bois», qui n'aurait plus de quoi faire jeu égal avec ses voisins.

Force est de constater que la sentence n'est pas dénuée de sens. Au niveau du spectacle, il est vrai que la France peine à s'emballer pour les dix matches qui «animent» ses journées. Les rencontres du dimanche sur Canal + - à moins que celle de tout à l'heure entre Marseille et Lille ne nous fasse taire - se terminent souvent sur des tristes 0-0. Du coup, la réputation de la L1 ne va pas en s'améliorant.

Cela se constate d'autant plus en coulisses, car, en débarquant à Paris au mois de juin dernier avec des milliards dans leurs bagages, les nouveaux propriétaires qataris du PSG pensaient pouvoir attirer les plus grands noms chez eux. Hélas, jusqu'à ce 15 janvier, on n'a vu que Pastore poser ses crampons au Parc des Princes. Les uns et les autres ont tous répondu «non» aux sirènes du club de la capitale. Pêle-mêle, Beckham, Benzema, Damiao, Kakà, Maicon, Pato et encore Tévez ont été annoncés comme tout proche d'un accord avec le PSG avant que celui-ci ne doive déchanter.

Si les stars refusent à présent de rallier la France, il doit y avoir une raison. Et elle ne s'appelle sans doute pas triple A.

11/10/2011

Y a-t-il de l'or en Blanc?

 

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France-Bosnie; opposition de styles, match de folie. Ce soir à Paris, l'enjeu en vaudra la chandelle entre deux sélections qui rêvent de s'offrir un aller simple pour la Pologne et l'Ukraine. On a certes connu des destinations plus intéressantes pour passer un bout d'été, mais, paradoxalement, aucun des joueurs alignés tout à l'heure sur la pelouse du «SdF» ne voudra se dorer la pilule à Miami ou aux Seychelles en juin prochain. Et encore moins passer par cent quatre-vingt minutes (minimum) d'un terrible barrage dans un petit mois.

Alors oui, la rencontre au sommet de ce groupe D des éliminatoires de l'Euro 2012 a tout de l'affiche de la semaine, peut-être même du mois. Et la France, qui s'est en partie reconstruite depuis l'affaire Knysna mais n'a pas encore une base ultrasolide, de trembler.

Les matches-couperets ne sont pas toujours du goût des «Bleus». Il y a dix ans encore, un tel duel n'aurait été pour eux qu'une formalité. Mais que d'eau a coulé sous les ponts en une décennie! Le Mondial 2002, l'Euro 2004, l'ère Domenech, la main de Thierry Henry et, enfin, l'Afrique du Sud sont venus polluer les esprits, détruire leur réputation. Nos voisins forment un grand pays de football aux pieds d'argile. Jusqu'à quand?

Ce soir, une qualification directe pourrait être un nouveau tournant dans leur riche histoire. Elle sonnerait en tout cas comme le premier pas énorme d'un groupe rajeuni par un sélectionneur qui a tout gagné crampons aux pieds. Y a-t-il de l'or en Blanc? La question est pertinente quand il s'agit de parler du technicien. Nul doute qu'il a une griffe susceptible d'emmener très loin les Français. Et bien qu'il tâtonne encore un peu avec son groupe, l'ancien coach des Girondins a la certitude de pouvoir s'appuyer sur une volée d'exception.

Mais tout le travail effectué depuis juillet 2010 pourrait être remis en question en une seule rencontre. Il suffirait d'une petite sensation bosniaque, signée Dzeko, Pjanic ou Spahic, pour ébranler la sérénité française. Et alors reviendraient en masse les démons de 1993 et de cette élimination inattendue contre la Bulgarie. A la seule exception qu'une défaite ce soir ne mettrait pas fin aux espoirs de se hisser à l'Euro. Mais tout de même; la perspective de devoir disputer des barrages n'est encourageante pour personne.

Et encore moins pour les «Bleus», qui se souviennent forcément de leurs soucis d'il y a deux ans, quand il leur avait fallu disputer des prolongations insoutenables pour s'offrir un bol d'Eire. A l'époque, la main de Henry avait tout changé. Cette fois-ci, sportivement parlant, il serait préférable que ce soit la patte de Blanc qui fasse la différence.

07/09/2010

Une dernière danse pour la France?

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"Je veux juste une dernière danse. Avant l'ombre et l'indifférence..."

Les paroles de la chanson reviennent forcément en tête à quelques heures du match Bosnie-France, déjà décisif pour les "Bleus" dans la course à l'Euro 2012. Après leur défaite inattendue de vendredi soir contre la Biélorussie, les hommes de Laurent Blanc n'ont pas le choix; ils doivent, au moins, ramener un point de leur déplacement à Sarajevo. Et même, cette unité pourrait ne pas s'avérer suffisante au décompte final.

Et pourtant, lorsqu'on consulte l'effectif composant la sélection française, on ne comprend pas comment et pourquoi elle n'arrive pas à redécoller. Le seul constat que l'on peut tirer est que les stigmates de Knysna étaient bien plus profondes que ne voulaient le croire les pontes de la Fédération. La reconstruction entamée par le nouveau sélectionneur ne prendra pas deux semaines, mais bien plusieurs mois. "Et il est même possible que l'on n'y arrive jamais", soufflait Laurent Blanc dans L'Equipe de dimanche dernier. Devenu pessimiste, l'ancien mentor des Girondins de Bordeaux mesure enfin le chemin à parcourir pour redonner du lustre au maillot bleu.

Ce soir, la Bosnie attend de pied ferme un pays qu'elle connaît très bien. De par son sélectionneur, Safet Susic, et deux de ses joueurs, le Lyonnais Pjanic et le Montpelliérain Spahic. En quelques années, les Bosniaques ont pris une nouvelle dimension. D'un rien - défaite en barrages contre le Portugal -, ils ont manqué le Mondial 2010. "Le foot, chez nous, monte petit à petit, analyse Mecha Bazdarevic, l'ancien entraîneur de Grenoble et ex-joueur d'Etoile-Carouge, sur le site de So Foot. Mais, par rapport à la Croatie ou à la Serbie il nous manque du poids. Eux ont l'avantage d'avoir déjà pris part à une grande compétition. Nous pas."

Avec dans ses rangs deux buteurs d'exception - Dzeko et Ibisevic -, la Bosnie s'est jurée d'offrir une dernière danse à l'équipe de France. "Le problème, avec notre pays, c'est la profondeur de banc, souligne encore Bazdarevic. Sur un match ou deux, les gars sont capables de battre n'importe qui. Après, je ne sais pas..." Mais ça tombe bien; ce soir, la rencontre ne dure que nonante minutes...