20/08/2011

Servette FC: friture entre les lignes

Costinha doit ruminer. Il y a quelques heures, le directeur sportif du Servette FC s’était ouvert. Pour s’insurger contre le traitement de défaveur dont était victime son club avant la 6e journée de Super League. Ce samedi soir, le Portugais doit en avoir ras-le-bol. Car, disons-le tout de suite, contre Grasshopper, les décisions du directeur de jeu Cyril Zimmermann (deux penalties oubliés) ont sans doute influé sur l’issue d’un match que ses hommes ont abordé par le mauvais bout et fini de pareille manière (défaite 3-4).

Un peu de plus de 12'000 spectateurs avaient pris le chemin du Stade de Genève pour assister, espéraient-ils, à la troisième victoire grenat de la saison. C’était oublier que ce SFC pourtant si plaisant n’a toujours pas remisé aux vestiaires ses pertes de lucidité défensives. Ainsi, face à des «Sauterelles» pourtant mal en point, David Gonzalez et ses partenaires ont manqué l’occasion de prendre encore leurs distances avec la queue du classement. Une erreur d’appréciation du portier donnait un premier avantage aux visiteurs (4e), dans une entame de match qu’il ne fallait surtout pas galvauder. Certes, Eudis, parfaitement servi par Karanovic, remit les compteurs à zéro - ou, plutôt, à 1-1 – à la 24e, mais ce début de rencontre allait rester en travers de bien des gorges.

Toujours désireux de produire du jeu et de faire le spectacle (qui s’en plaindra?), Servette continua d’attaquer, s’exposant malheureusement à des contre-attaques meurtrières. Innocent Emaghara, percutant comme à ses plus beaux jours, en profita une première fois cinq minutes après l’égalisation. Il sut s’engouffrer dans l’arrière-garde genevoise. Entre les lignes servettiennes, il y eut trop souvent de la friture ce samedi après-midi. Comprenez par-là que le bloc équipe n’en était pas un, que les espaces étaient parfois trop flagrants. La sortie de Pizzinat, qui permit à Kouassi de revenir dans l’entrejeu, ne changea pas tout à fait la donne. L’attaquant international en profita pour doubler la mise.

Au retour des vestiaires, Routis égalisait, mais ce n’était que de la poudre aux yeux, les Genevois se faisant à nouveau prendre en contre par… Emeghara moins de 240 secondes plus tard (2-3, 53e minute). Pourtant meilleurs dans le jeu, les protégés d’Alves manquaient de promptitude dans le dernier geste. Malgré la formidable débauche d’énergie de Vitkieviez – l’homme qui dépense 8'500 calories par mi-temps – ou les grigris d’un Yartey encore court physiquement, il fallut attendre la 66e minute pour que le 3-3 tombe du ciel. Stéphane Nater, qui n’était qu’un poids mort dans le jeu pur jusqu’ici, trouva les filets de Bürki d’un incroyable coup de tête.

A ce moment-là, dans la ferveur d’un Stade de Genève prêt à s’enflammer, on imagina que Servette s’en irait faire la décision. Cyril Zimmermann prit tout le monde à contrepied en dictant un penalty en faveur des Zurichois. Emeghara quadrupla la mise, confirmant du même coup que, lorsqu’il est placé dans une véritable position d’attaquant, il possède toutes les qualités pour ne… pas faire de vieux os dans ce championnat de Suisse.

Les Genevois, eux, méritaient mieux. Il n’est pas l’heure de les accabler. Mais, après six journées, on en revient malheureusement toujours aux mêmes conclusions: le SFC est une magnifique équipe, qui propose du beau football, mais qui demeure pour l’instant beaucoup trop naïve derrière pour s’installer sur le podium de Super League. Alors que le premier tour leur propose une fin de calendrier difficile – Sion, Bâle et Lucerne -, Pizzinat et compagnie ne doivent pas craquer. Il serait dommage de remettre en question tout ce qui a été bien fait jusqu’ici. Il y a seulement de petits détails à régler. Or, c’est souvent sur ces petits détails-là que se joue une saison…