24/02/2012

Matias Vitkieviez, une place à prendre

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On était quasiment persuadé que Matias Vitkieviez allait finir un jour en équipe de Suisse. Encore mardi soir dans la salle de presse du Parc Saint-Jacques, j'en parlais avec un confrère, lui disant que le Genevois allait être la seule nouveauté apportée par Ottmar Hitzfeld afin d'affronter l'Argentine mercredi prochain. Ce sentiment a été confirmé jeudi dernier à Berne par la voix même du sélectionneur national, qui a succombé aux qualités du joueur des Young Boys. «Il a réussi d'excellents débuts avec le club bernois et je veux le voir de plus près».

            Cette convocation tombe sous le sens, sachant que la Suisse est en train de rajeunir ses cadres après les départs à la retraite d'Alexander Frei et Marco Streller, puis sachant également qu'Eren Derdiyok, l'un des traditionnels atouts offensifs de la Nati, traverse une passe délicate entre manque de confiance et récente blessure. Pour Vitkieviez, ce premier rassemblement prend d'autant plus de valeur qu'il l'opposera à l'Argentine, le 29 février à... Berne. Et, pour un joueur qui possède également le passeport uruguayen, il ne pouvait pas y avoir meilleur adversaire, quand on sait la rivalité qui oppose les deux pays.

            «C'est quelque chose de fantastique, un véritable honneur», a-t-il commenté Le fait que, la veille de la sélection, le Blick ait laissé entendre que le buteur de la capitale serait dans les bons papiers de Hitzfeld a quelque peu atténué sa surprise, mais sa fierté n'en est pas moins énorme.

            Au vrai, cette cape internationale récompense le véritable travail effectué ces derniers mois par Vitkieviez, qui réalise une saison 2011/2012 littéralement prodigieuse. Déjà avec Servette, son club de cœur, le Suisso-uruguayen s'était montré irrésistible durant la première phase du championnat. Ses passes décisives et ses buts - on se souvient notamment de sa démonstration à Sion - l'avaient propulsé en pleine lumière. En fin connaisseur, Christian Gross avait noté son nom dans ses carnets. Son recruteur Stéphane Chapuisat lui avait confirmé que le garçon était pétri de qualités.

            Alors, sachant que le SFC - complètement à côté de son sujet sur ce coup-là - tardait à renouveler le contrat de son joyau, les Bernois n'ont pas hésité à aller le chercher pour une bouchée de pain en janvier dernier. Aujourd'hui, le bonhomme vaut de l'or, une sélection doublant quasiment le prix d'un joueur.

            Surtout, dans quelques heures, il pourrait croiser un certain Lionel Messi sur sa route. En fan du FC Barcelone qu'il est, «Mati» n'aurait sans doute pas pu rêver mieux. A deux ans et demi de la Coupe du monde 2014, il obtient là une chance énorme de séduire Hitzfeld. Très ami de Tibert Pont, il a déjà les faveurs de Michel, l'assistant de «Gottmar». Ne reste «plus qu'à» prouver, tout au long du camp à Feusisberg, qu'il n'a rien à envier aux internationaux actuels.

Il y a une place à prendre dans le cadre national, c'est certain. Car, depuis une année, aucun attaquant ne s'est véritablement montré efficace et régulier avec la Suisse. Plus passeur que buteur (quoique), Vitkieviez n'a peut-être pas le salaire royal de Mehmedi, parti chercher fortune au Dynamo Kiev, ou la cote de Derdiyok, mais son insouciance et son tempérament qui ne lâche rien - la «garra charrua» uruguayenne - l'autorisent à rêver très fort que cette sélection ne soit que la première d'une longue série.

08/02/2012

Shaqiri, le bon choix

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Ce sera sans doute le transfert de l'année au niveau purement helvétique. L'été prochain, le passage de Xherdan Shaqiri du FC Bâle au Bayern Munich va faire mousser les gazettes et jubiler les fans de foot. Révélé lundi par la presse allemande, ce mouvement fait déjà causer. Thorsten Fink, son ancien entraîneur à Saint-Jacques, et Ottmar Hitzfeld, le sélectionneur national, ont déjà donné leur avis. Qui vaut ce qu'il vaut.

Le premier cité encourage «XS» à récupérer une taille proche de son surnom. «Il doit perdre 4 kilos», martèle le coach du SV Hambourg dans les colonnes du Blick. Une phrase qui semble relever de l'hérésie, quand on sait que l'international suisse est avant tout une boule de muscles. Et, jusqu'à preuve du contraire, son potentiel physique ne l'a jamais empêché de briller dans les grands matches. Demandez donc à Alex Ferguson ce qu'il en pense!

Ce matin, c'est Hitzfeld qui a ajouté son grain de sel. En faisant pour sa part l'éloge de Shaqiri. «Les fans du Bayern vont l'adorer, prévient l'ancien entraîneur du club bavarois. Il joue sans pression, il ose tout.» Et «Gottmar» d'ajouter, comme s'il voulait prendre le contrepied de Fink: «Il possède une force physique incroyable.»

Celle-ci, doublée à son talent, devrait permettre au Bâlois de percer définitivement à l'échelle internationale. A 21 ans, il peut se faire une place (et quelle place!) en Bavière. Ribéry et Robben, les ailiers de choc, ont du souci à se faire. Longtemps convoité par le Galatasaray Istanbul, Xherdan Shaqiri a pris, en une décision, deux excellentes voies: premièrement celle de ne pas signer en Turquie et, deuxièmement, celle de rallier un club qui donne sa chance aux jeunes. Gageons qu'il brillera dès cet été en Bundesliga.

Mais, d'ici là, on espère qu'il enflammera l'antre bâlois en Ligue des champions. Contre un certain... Bayern Munich.

 

01/01/2012

ABC Foot 2011 (2/3)

E comme ETO’O . Le Camerounais se revendique proche du peuple, mais il est le symbole du foot-business qui nous horripile. Sa fin de carrière pue le fric à plein nez. Désireux, dit-il, de marquer l’histoire, il a pourtant filé à l’Anzhi Makachkala l’été dernier, pour un salaire royal de plus de 20 millions d’euros. Dans ce club russe aux moyens quasi illimités mais au football diamétralement opposé, qu’a-t-il donc à gagner sportivement? Rien, c’est sûr, mais l’intéressé, qui a en outre été suspendu à l’interne par les dirigeants de sa sélection, ne l’avouera jamais.

F comme FIFA . Sepp Blatter a eu le nez fin, en se faisant réélire à la présidence sans trop de souci, expédiant son seul rival, Mohammed Bin Hammam, au purgatoire. Le tout dans un grand mélange de suspicion, de rumeurs de corruption. La grande machine qui règne sur la planète foot continue de laver son linge sale toute seule et de faire jaser. Frondeur, Christian Constantin n’a pas abandonné son envie de les faire «tous tomber».

G comme GIGNAC . Il y a trois ans, il était la nouvelle perle du football français. Ses camarades le surnommaient même «Raymond», tant Domenech, alors sélectionneur, n’avait d’yeux que pour lui. Alors, André-Pierre Gignac brillait sous le maillot de Toulouse, se voyait faire très vite les beaux jours d’un grand club. En janvier 2012, l’intéressé n’est plus international, ne joue que les utilités à l’OM, un club qui cherche par tous les moyens à s’en séparer. Pis, «APG» s’est davantage illustré en insultant son entraîneur – Didier Deschamps – qu’en marquant des buts.

H comme HITZFELD . L’homme catalyse tous les maux du foot suisse. Personne d’autre que lui, actuellement, ne manie si bien la «Méthode Coué» dans le petit monde du sport helvétique. Une carte de visite longue comme le bras en club ne fait pas de vous un grand sélectionneur. En enchaînant les mauvais choix, en se montrant à la rue tactiquement, l’Allemand a manqué le coche de l’Euro 2012. On ne lui pardonnera pas un nouvel échec d’ici à 2014…

I comme INLER . Promu capitaine de l’équipe nationale par Hitzfeld, Gökhan Inler a vécu une grande année 2011. Simplement car il est devenu le footballeur suisse le plus cher de l’histoire, en passant de l’Udinese à Napoli. Véritable star en Italie, le Soleurois brille aussi en Ligue des champions, compétition dans laquelle il a propulsé les siens en huitièmes de finale. C’est beau, bien sûr, sauf que, sous le maillot de l’équipe nationale, Inler a été transparent. Du coup, une question revient, lancinante: est-il vraiment un grand footballeur, capable d’être un leader ou… un leurre?

J comme JUVENTUS . Les grands clubs, paraît-il, ne meurent jamais. La Juventus est la meilleure illustration de ce dicton. Premièrement revenu en Serie A après sa relégation sur le tapis vert en 2006, le club turinois a appris de ses erreurs et pris le temps de se reconstruire. Aujourd’hui, le voici capable de décrocher le titre national en fin de saison. Avec un Del Piero increvable, un génial Pirlo et un Suisse, Stephan Lichtsteiner, épatant sur son flanc droit.

K comme KOMBOUARE . On peut gagner des matches, devenir champion d’automne et prendre la porte. Antoine Kombouaré le sait mieux que personne, lui qui vient de se faire éjecter de son poste d’entraîneur du Paris Saint-Germain, alors que son désormais ex-club est en tête de Ligue 1. L’ancien défenseur apprend les règles du foot-business. Leonardo, son directeur sportif, voulait sa tête depuis le mois d’août. Mais, si le PSG n’est pas titré en mai prochain, c’est bien le Brésilien qui passera pour un incompétent.

L comme LULU . Ou, plutôt Lucien Favre, meilleur entraîneur suisse actuel avec Pierluigi Tami. Homme de tous les miracles, le technicien vaudois a remis Borussia Mönchengladbach dans la bonne direction, en réalisant prodige sur prodige et révélé plusieurs joueurs, dont le gardien Stegen et le milieu offensif Reus. Mieux, le club, au bord du gouffre quand il l’a repris en février dernier, est aujourd’hui sur le podium de Bundesliga. Hallucinant. Du coup, «Lulu» est adulé outre-Rhin, où il est considéré comme l’un des trois meilleurs entraîneurs du pays.

M comme MESSI . Le meilleur joueur du monde, sans aucun doute, emprunte les traces des plus grands, dont son illustre aîné Diego Armando Maradona. Génial, intouchable, magique, Messi n’a plus qu’à remporter un titre avec sa sélection pour entrer dans la légende pour l’éternité.

12/10/2011

Nati: la fin de 4 années pourries?

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Voilà plus d'une année, déjà, que je milite sur ce blog et ailleurs pour l'intégration de Ricardo Rodriguez en équipe de Suisse. C'est chose faite et bien faite. Si le latéral zurichois n'avait pas été gâté par le sort en entrant en jeu dans un non-match vendredi dernier au Pays de Galles, il a en revanche fait étalage de toute sa classe hier soir à Bâle. Il incarne parfaitement l'avenir de cette sélection sur le flanc gauche. D'autres solutions (Berardi, Koch...) existent aussi, mais le champion du monde M17 a un talent fou et un immense potentiel qui ne devraient pas tarder à faire oublier les absences de Reto Ziegler.

Ouf, il y aura donc eu une bonne nouvelle dans cette semaine européenne gâchée par la Nati. Car n'en déplaise aux plus grands fans, le succès de hier soir est demeuré inutile. Il s'est construit en deuxième mi-temps contre un Monténégro qui a refusé le jeu. Faut-il rappeler que, en face des Helvètes, se trouvait une équipe «B»? Alors, tempérons ce retour d'enthousiasme. Si une victoire est toujours bonne à prendre, tant sur le plan de l'indice Uefa que sur le plan psychologique, force est malheureusement de rappeler que les internationaux d'Ottmar Hitzfeld passeront l'été aux Seychelles plutôt qu'en Pologne. Dommage, sur ce coup-là...

Hitzfeld, d'ailleurs, parlons-en. A quelques minutes du coup d'envoi de ce duel «pour beurre» face aux Monténégrins, Peter Gilliéron, le président de l'ASF, a confirmé l'Allemand dans ses fonctions. Le tout en murmurant que «c'est un très grand entraîneur». Alors, si tel est vraiment le cas, la Suisse - si talentueuse sur le papier - doit se qualifier sans problème pour la Coupe du monde brésilienne de 2014. Il n'y a qu'en la propulsant sur les plages de Cobacabana que l'ancien mentor du Bayern Munich redonnera un peu de lustre à son ciré délavé. Sur le plan suisse, de toute manière, la trace laissée par «OH» ne restera pas éternellement dans les mémoires.

Désireux que nous sommes de voir l'avenir du football suisse avec optimisme, nous lorgnons déjà avec appétit le match amical de mi-novembre contre les Pays-Bas. A Amsterdam, face aux magnifiques Robben, Sneijder et autre van der Vaart, les «petits Suisses» auront un fabuleux test à passer. En 2007, à Genève, ils avaient réussi à presser les «Oranje». On se souvient d'ailleurs de ce match comme de la dernière grande performance livrée par «nos» internationaux.

Ainsi, retrouver les Bataves est peut-être une bonne manière de boucler la boucle de quatre années pourries...

10/10/2011

La tête dans le sac!

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La Suisse a la tête dans le sac et l'esprit totalement brouillé. Trois jours après sa défaite lamentable contre le Pays de Galles, elle prend gentiment conscience qu'il lui faudra de longs mois pour digérer et laver l'affront. Une victoire demain sur le Monténégro n'y changerait rien. Au pire, elle ne ferait qu'aviver des regrets déjà bien profonds. Il va falloir maintenant attendre onze mois et le début des éliminatoires de la Coupe du monde 2014 pour revoir la Nati batailler afin de se faire une place dans une grand compétition internationale.

Cet espace-temps peut paraître long à l'échelle du football, mais il n'en est pas moins une aubaine pour Ottmar Hitzfeld. Puisque c'est vraisemblablement avec lui à leur tête - malheureusement? - que Benaglio et compagnie doivent poursuivre leur carrière internationale, l'Allemand va devoir réfléchir à comment opérer au mieux son propre lifting. Car ce ne sont pas ses joueurs qui craignent, mais bien ses méthodes. En gros, il doit mesurer comment passer le plus rapidement possible d'un entraîneur gagnant des années 1990 à un sélectionneur béton des années 2010. Pour l'heure, la mue ne s'est pas faite, ses couacs étant plus nombreux que ses coups d'épate.

L'ASF et le Crédit Suisse - sponsor qui pèse lourd - sont apparemment persuadés que l'ancien mentor du Bayern Munich est l'homme idéal pour porter haut le drapeau rouge à croix blanche. Même à 2 millions de francs par an. En tout cas, il n'aura pas le droit à l'erreur dans la course au Mondial brésilien.

Avec des adversaires comme l'Albanie, Chypre, l'Islande, la Norvège et la Slovénie, les Suisses doivent passer l'épaule. Sur le papier, c'est ce que tout le monde se répète depuis le tirage au sort. Mais les récentes prestations sur le terrain - au Liechtenstein et à Swansea - ne rassurent pas l'opinion publique. Qui, globalement, n'a même pas été choquée outre-mesure par l'élimination de vendredi soir, tant l'espoir auquel elle se raccrochait était minime depuis le 0-0 de Sofia.

A voir, le chantier est loin d'être terminé, mais les fondations sont là, avec une relève pleine de promesses. Reste à y ajouter les couleurs et un toit. Cela commencera aux Pays-Bas à la mi-novembre, puis se poursuivra contre l'Argentine en février. Contrairement à ce qu'il a fait en 2011, Hitzfeld s'est en effet rendu compte de l'importance des matches de préparation. S'il en avait programmé quelques-uns de plus cette année, peut-être n'en serions-nous pas là aujourd'hui.

Et l'ASF ne pleurerait pas sur les 5 millions de francs de manque à gagner que provoque cette élimination. Ajoutez à ce décompte les 2 millions que prend le sélectionneur au passage et vous comprendrez que cette débâcle coûte davantage à la grande instance de Muri. Mise devant le fait accompli, celle-ci doit, au passage, négocier de nouveaux contrats avec ses sponsors. On espère pour elle que ceux-ci n'étaient pas devant leur écran vendredi soir...