22/07/2012

Here, Wiggo!

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Il n'y aura pas mis le panache voulu, mais Bradley Wiggins, lauréat du Tour de France 2012, fait tout de même un beau vainqueur. Plus, effectivement, par le biais de son look, de son style, de sa trajectoire a priori improbable et de son humour.

Car, au-delà des considérations techniquo-tactiques, «Wiggo» est un sacré personnage, qui détonne dans un milieu qui a appris à ne pas se laisser aller plus que de raison face aux micros. Avec le «British», les bons mots et les petites piques ne manquent pas. Le bonhomme est rafraîchissant, c'est certain.

Ceux qui ont assisté, en live ou sur Internet, à l'une de ses fameuses conférences de presse au cours du dernier Tour de Romandie pourront en témoigner. Et plutôt deux fois qu'une!

Voilà pourquoi on peut aussi sourire de voir ce Wiggins qui promène des allures de rock-star venir empiéter sur les plates-bandes des rois de la petite reine. Même si la domination de son équipe n'a pas été sans rappeler quelques précédents peu réjouissants, le Londonien ne peut en rien être comparé à Lance Armstrong, la plus grande esbroufe de l'histoire du sport. L'humilité et le respect sont en effet des valeurs profondément ancrées chez «Wiggo».

A 32 ans et après dominé l'univers de la piste de la tête et des épaules - qu'il a moins larges qu'en 2008 - ce dernier deviendra donc tout à l'heure le premier citoyen de son pays à défiler en jaune sur les Champs-Elysées. C'est fort. Ce d'autant plus que, même s'il n'était effectivement pas le plus fort en montagne cette année, il a su, il a pu dégoûter ses rivaux dans les chronos. Hier en direction de Chartres, c'est une véritable démonstration qu'il a offerte.

Autant dire qu'on se réjouit déjà d'assister à l'édition 2013 du Tour - la 100e! Avec Wiggins en favori, Froome, Nibali (si le parcours ne s'avère pas trop roulant) et van den Broeck en outsiders, ainsi que les retours de Contador et de Schleck junior, voire les confirmations du trio Pinot-Rolland-van Garderen, il devrait y avoir du sport. Et des attaques, enfin?

 

21/07/2012

Thomas Voeckler, animateur mal-aimé

 

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Au cœur d'un été verrouillé à double tour par le Team Sky, il a été le grand animateur de la 99e édition du Tour de France. Comme il le fut de la précédente et de tant d'autres depuis qu'il s'est révélé en 2004 - son maillot de champion de France sur les épaules, transformé l'espace de quelques jours en maillot jaune.

Thomas Voeckler, vainqueur de deux étapes et maillot à pois en 2012, est une bénédiction pour le peloton, l'un des derniers coureurs mû par un véritable panache. Alors bien sûr, ses mimiques, sa manière de parler et l'image que donnent de lui certains médias - homme exemplaire, papa poule, voire héros national... - a le don d'en irriter plus d'un, mais ses numéros, une fois son vélo enfourché, rappellent les belles épopées d'antan.

Coureur le plus populaire de l'Hexagone, sur les traces du Richard Virenque de 1997 ou du Laurent Jalabert 2001-2002, l'Alsacien jouit pleinement de ses succès actuels. A 33 ans, il prétend même être dans les plus belles années de sa carrière, à l'heure où d'aucuns commencent à lever le pied. Sa réussite fait pourtant le désespoir de nombre de ses adversaires. Rebaptisé «Fuckler» par certains coureurs maîtrisant l'anglais, il est conscient d'irriter son monde. «90% du peloton ne m'aiment pas», glissait-il avec lucidité au mois de mars dernier dans L'Equipe.

Quatre mois après, «Ti-Blanc» n'a certainement rien entrepris pour se faire davantage apprécier. Au-delà de ses franches attaques et de son franc-parler, c'est son attitude dans le sillage de Kessiakoff pour s'assurer le maillot à pois lors de la 17e étape qui lui a valu quelques commentaires acerbes. Mais, pour une fois, le coureur d'Europcar s'est montré calculateur. On ne pourra pas le lui reprocher.

A l'heure où le peloton s'apprête à rentrer à Paris, à l'heure où, pour la première fois de sa carrière, l'Alsacien s'apprête à défiler sur les Champs-Elysées lors de la cérémonie protocolaire, on ne peut qu'espérer que Voeckler rime avec eau claire. Subsiste un doute, amplifié par les suspicions de dopage révélées par la presse avant la Grande Boucle. «Je ne veux pas être le baromètre de la propreté du peloton», disait le coureur l'an dernier. Comme pour laisser le public s'interroger.

 

 

19/07/2012

Tour de France ou Tour de dupes?

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On avait balayé, hier, l'expression «Tour du renouveau». On pourra, ce soir, ressortir l'expression «Tour de dupes». Décidément, le Tour de France 2012 est celui de toutes les désillusions, qui réunit sur le même tapis tout ou partie de ce qui fait désormais le cyclisme moderne. Fini le temps des prises de risques. Fini le temps des chevauchées fantastiques. Bref, fini le temps du spectacle.

Bloquée et verrouillée à double... tour par le Team Sky, la course fait l'effet d'une piqûre de mouche tsé-tsé. Plus soporifique, tu meurs. Les deux grandes étapes de montagne des Pyrénées ont accouché d'une souris, n'ont quasiment rien changé au classement général, si ce n'est que celui-ci a vu Cadel Evans chuter plus bas que terre - mais cela était attendu.

La domination exercée par la formation britannique nous fait regretter les glorieuses années du dopage à outrance - si tant est que celui-ci ait quelque peu disparu aujourd'hui - et des attaques répétées des Festina. Chaque étape qui passe, la mainmise de Bradley Wiggins et des Sky renvoie les images de Lance Armstrong et de son train de l'US Postal qui refusaient de laisser le spectacle poser sa patte sur les cols.

La seule exception, finalement, réside dans le fait que celui qui porte le Maillot Jaune n'est cette fois-ci pas le plus fort de la Caravane. Wiggins, le favori aux favoris, ne doit sa future victoire qu'à la tactique de son manager Dave Brailsford et à la mansuétude de son coéquipier Chris Froome. Ce dernier, ne nous y trompons pas, est bien le meilleur coureur du peloton au cœur de ce mois de juillet.

Cet après-midi, dans la dernière montée vers Peyragudes, il aurait pu ne faire qu'une bouchée de son leader et attiser les braises de la polémique comme l'avait fait en son temps Stephen Roche sur le Tour d'Italie. Froome, «le Kenyan blanc», s'y est refusé. C'est tout à son honneur. N'empêche que, à 27 ans, il laisse échapper une sacrée occasion de remporter la plus grande course de la planète. Un Tour qui, s'il avait osé attaquer «Wiggo», n'aurait plus rien eu d'un «Tour de dupes»...

18/07/2012

Schleck en blanc?

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Chaque année, le Tour de France nous sert sa soupe. Celle-ci est désormais refroidie. Le fameux «Tour du renouveau», expression balancée à tire-larigot depuis 1999, a connu une nouvelle sortie de piste hier avec le départ de Fränk Schleck, contrôle positif à un diurétique. C'est, pour ainsi dire, la caque pour la Grande Boucle, déjà marquée une semaine plus tôt par l'arrestation de Rémy Di Gregorio, le Marseillais qui se rêvait en «nouveau Virenque».

Aujourd'hui, soit au lendemain de l'abandon forcé du Luxembourgeois se pose tout de même la question de sa véritable culpabilité dans l'affaire. Il se trouve en effet que le produit incriminé n'est pas un dopant à proprement parler. Et que, pour une fois, on serait presque tenté de croire le coureur qui prétend forcément être tout blanc dans l'affaire. L'aîné d'Andy a dit oui à l'idée d'analyser son échantillon B. On saura dans quelques heures s'il est effectivement à clouer au pilori. Comme tous les autres, ou presque.

Schleck tout blanc, c'est l'idée que certains s'étaient faite d'un nouveau cyclisme. Celui-ci n'existe peut-être pas. Ou alors il reste à deux vitesses. La force collective démontrée par le Team Sky, qui n'est pas sans rappeler la triste domination passée de l'US Postal emmenée par un certain Lance Armstrong, a assez agité le landerneau depuis le 30 juin pour que la suspicion ne revienne en masse sur les traces de la caravane. Bradley Wiggins amène certes quelque chose de nouveau sur ce Tour (du... renouveau?), mais ses favoris ne font pas que des heureux.

Dimanche à Paris, c'est toutefois lui qui paradera en jaune et contre tous. Aux Champs-Elysées, il n'y aura pas de Schleck pour l'applaudir. Même si Fränk venait à être blanchi, son nom est à jamais terni. Contrairement à celui d'Armstrong, plus grand truqueur de l'histoire du sport, passé aux travers des mailles du filet dix ans durant...

30/04/2012

Wiggins, le "Beatle" ressuscité

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Pas de doute, les «pattes» qui couvrent ses oreilles et une partie de ses joues nous renvoient aux années 60-70 et à ces sons venus tout droits de la banlieue de Liverpool. Bradley Wiggins, c'est le «Beatle» ressuscité, le Ringo Starr de la petite reine.

A presque 32 ans, le cycliste britannique n'a pas eu besoin de grimper sur un yellow submarine pour triompher au terme du Tour de Romandie. Juché sur sa bécane, il a laissé parler sa puissance au cours d'une semaine où les autres grands noms du peloton n'ont rien montré. Cadel Evans, en bisbille avec sa santé, n'a pas répondu aux attentes. Et cela ressemble à s'y méprendre à un passage de témoin entre le vainqueur du dernier Tour de France et celui qui, au fil des semaines, renforce son statut d'immense favori pour la Grande Boucle à venir.

Après avoir déjà avalé Paris-Nice sans forcer au mois de mars, «Wiggo» a des jambes et feu. Son aisance contre-la-montre, son rythme de pédalage et sa relative assurance dès que la route s'élève lui confèrent une déroutante confiance. Mais, si l'intéressé reste humble, il ne cache pas pour autant son envie d'inscrire le «TDF» à son palmarès. Depuis 2009 et sa 4e place inattendue sur les talons de Contador, A. Schleck et Armstrong, ce rêve est devenu une ambition.

Si 2010 et 2011 ne lui ont pas souri, c'est, rappelons-le, pour des raisons diamétralement opposées. Il y a deux ans, le leader de la formation Sky était arrivé en méforme. L'an passé, c'est une chute qui est venue briser son élan. Alors que, déjà, les spécialistes lui attribuaient une très sérieuse étiquette d'outsider.

Cet été, Wiggins sera même passé au-delà. A l'heure où Contador purge sa peine, où les frangins Schleck ont perdu de leur giclette et où Evans traîne son spleen, ce sera lui l'immense favori. Reste à savoir si son premier pic de forme n'est pas intervenu trop tôt dans la saison.

Mais, vu de loin, le «Beatle» en a encore sous la semelle. 2012, année des Jeux de Londres, pourrait aussi être celle de «Wiggo». Qui, il y a quatre ans à Pékin, fut double médaillé olympique sur piste. Des vélodromes aux Champs-Elysées, la frontière n'est visiblement plus si large dans le cyclisme moderne. Et cela bien qu'elle doive emprunter les lacets de l'Alpe-d'Huez.